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Irène Kaufer
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La N-VA et les femmes, suite : demandez le programme !Par Irène Kaufer :: 23/06/2010 à 19:06
Sur le plan interne, on l'a vu, la N-VA présente un profil très masculin. Mais quelle est la place des femmes dans son programme ? Certes, un programme n'est jamais qu'une liste d'intentions et on se doute bien qu'à côté de la scission de BHV ou du sauvetage des banques, l'égalité entre hommes et femmes ne pèse pas bien lourd... Mais comme on a découvert, à l'occasion du débat sur le port du foulard, que cette égalité était tout de même l'une des valeurs sacrées de notre société, on s'attend à trouver quelques lignes et une poignée de mesurettes, dussent-elles être oubliées plus tard dans le feu de l'action... D'abord, un coup d'oeil au "Manifeste", qui reprend les 21 grandes orientations du parti. Voilà qui commence mal : le mot "femme" n'y figure même pas. On y parle bien d'Europe, de bonne gouvernance, de République, de pacifisme... mais d'égalité entre les sexes, point. Ah si quand même, il y a un paragraphe sur l'égalité de chances (qui n'est qu'une version libérale et édulcorée de l'égalité) : il s'agit d'accepter les différences, refuser les discriminations, ne laisser personne sur le bord de la route et mener des politiques d'inclusion des minorités. N'étant pas une minorité et passant plus de temps à la cuisine que sur le bord de la route, les femmes ne sont donc guère concernées. Voyons donc dans le programme. Il est long et touffu, mais grâce à la fonction « recherche », il est facile de retrouver d'un clic les points qui concernent les femmes. Heureusement d'ailleurs car sinon, il faudrait une bonne loupe pour les trouver... "Vrouw " - femme pour les unilingues – est bien repris dans le chapitre sur le travail : il s'agit d'une part d'assurer aux jeunes femmes l'égalité des chances (encore !) lors des procédures de recutement – mais pas en matière de salaires ou de promotion ; d'autre part, de leur accorder une "attention particulière" comme à d'autres catégories qui rencontrent des difficultés sur le marché du travail : jeunes, vieux, allochtones, handicapés – ce qui, soit dit en passant, fait quand même beaucoup de monde. Pas un mot sur le temps partiel, sur le plafond de verre et le plancher collant, sur toutes ces inégalités, petites et grandes, que rencontrent les femmes tout au long de leur carrière. Bon, se consolera-t-on, le N-VA ne demande pas, au moins, de renvoyer les femmes à la maison ! Quand on a du mal à trouver la femme, on peut toujours chercher la mère. Un point particulier est consacré aux femmes enceintes : la N-VA propose de soulager leur grossesse en octroyant une diminution de cotisations sociales... à leur employeur. Une étude vient justement de montrer qu'une femme sur cinq est discriminée quand elle va ou qu'elle vient d'avoir un enfant (1) : mais bon Dieu, c'est bien sûr, c'est parce qu'elle coûte trop cher ! Vous savez, toutes ces visites chez le gynécologue, tous ces caprices pour une simple petite nausée, et tous ces règlements stupides qui vont jusqu'à exiger un aménagement de son poste de travail... Quand l'enfant est là, la N-VA reprend une idée scandinave : un congé parental de six mois, à se partager entre le père et la mère. On sait que ce « partage » a tendance à pencher dangereusement du côté de la mère : d'une part, le poids des stéréotypes qui veulent que c'est à la mère de s'occuper du petit enfant ; d'autre part, le calcul financier rationnel, tenant compte du fait que statistiquement , le père a un meilleur salaire que la mère et que la compensation est, elle, forfaitaire; il est donc plus logique que ce soit la mère qui s'arrête, pour que la famille y perde le moins d'argent. Le programme de la N-VA y met certes une barrière : l'un des deux parents doit prendre au moins deux mois sur les six, sinon ils sont perdus. Le programme ne va pas jusqu'à rendre ces deux mois de congés (ou au moins une partie) obligatoires, condition indispensable, pourtant, avec une augmentation de la compensation financière, pour que les pères soient vraiment incités à "partager". Mais la grande affaire de la N-VA, c'est la « conciliation entre vie professionnelle et vie familiale ». Et là, le programme n'hésite pas à "innover" - sans qu'il soit jamais question de femmes, d'ailleurs, car le sujet, on le sait, est parfaitement neutre. Ainsi, la N-VA propose de flexbiliser encore davantage les horaires de travail, dans une optique - en théorie - "win win", permettant à l'entrepirse de disposer de plus de travailleurs aux période de pointe et aux travailleurs, de mieux concilier vie professionnelle et familiale. C'est très beau, sauf que... les intérêts des uns et des autres ne coïncident pas forcément. Imaginez l'employée (j'emploie volontairement le féminin, car on sait qui « concilie »...) d'une entreprise de crème glacée voulant faire moins d'heures durant les grande vacances, quand les enfants sont à la maison... Ou la caissière de la grande distribution diminuant son horaire pour mieux être présente au près de sa progéniture, entre Noël et les soldes ! Entre la logique patronale et celle des enfants, on devine laquelle l'emportera. Plus globalement, la N-VA veut instaurer un système d' "épargne-temps" qui permette à chacun (neutre, encore une fois) de s'occuper des enfants, des parents âgés, ou de se former. On devine déjà qui se formera et qui s'occupera de grand-mère. Mais parallèlement, dans un autre chapitre, la N-VA veut aussi réduire les "périodes assimilées" pour le calcul de la pension. Or on sait que, parce qu'elles subissent davantage d'interruptions de carrière, volontaires ou non, les femmes ont aussi plus à perdre si ces périodes ne sont plus prises en compte, ce qui ne pourrait qu'aggraver l'écart déjà important entre les pensions des hommes et celles des femmes. En résumé et en conclusion : la différence entre la N-VA et d'autres partis de droite, c'est qu'ici, l'égalité entre hommes et femmes n'est même pas un slogan. (1) http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2010-06-07/une-femme-enceinte-sur-cinq-discriminee-au-travail-774664.php La N-VA et les femmesPar Irène Kaufer :: 20/06/2010 à 14:19
Séparatiste, conservateur, résolument à droite sur les thématiques sociales : tel apparaît le parti de Bart De Wever, la N-VA, grand vainqueur des élections du 13 juin en Flandre. Très peu connu du côté francophone, il est à présent analysé sous toutes les coutures, comme une espèce de tribu sauvage découverte par hasard quelque par entre le port d'Anvers et un restaurant de moules à Ostende... Mais - faut-il s'en étonner ? - peu de commentateurs s'intéressent à un aspect qui concerne pourtant au moins la moitié de la population : la N-VA et les femmes. Avant de nous pencher, dans un deuxième temps, sur le programme, voyons quelle est leur place à l'intérieur du parti. Premier constat, aussi troublant que contradictoire : dans son analyse des élections, le Vrouwenraad (1) fait remarquer que la N-VA est le parti flamand comptant la plus grande proportion d'élues, 13 sur 27, presque la parité parfaite. Pourtant, le soir du 13 juin, sur le podium de la victoire, on ne voyait que des hommes (une seule femme perdue à l'extrême-gauche de l'image, tellement peu importante que la caméra n'hésitait pas à n'en montrer que la moitié !) La N-VA, c'est d'abord son président, Bart De Wever ; ensuite son ministre au Parlement flamand, et grand pourfendeur de francophones, Geert Bourgeois ; enfin, sa nouvelle vedette, l'ex journaliste de la VRT Siegfried Bracke, qui a fait un beau score en rejoignant le parti en dernière minute. Soit dit en passant, il pourrait servir de cas d'école pour analyser les inégalités entre hommes et femmes sur le plan politico-médiatique. C'est que, sur le plan de l'apparence, Bracke est très loin du grand blond musclé au sourire irrésistible, à des années-lumière des Frédérique Ries ou Anne Delvaux, autres transfuges de la télé vers les assemblées parlementaires. L'égalité aura fait un grand pas en avant quand une candidate bien enveloppée, d'un âge certain et bafouillante, explosera les scores des votes de préférence... (suivez mon regard...) Pour en revenir à la N-VA, en dehors de l'élue au Parlement européen, Frieda Brepoels – celle dont on devinait la moitié sur le podium – il n'y a guère de femmes en vue. Le président et ses deux vice-présidents, les chefs de groupe aux différentes assemblées, le dirigeant des jeunes, les responsables des sections régionales : tous des hommes. La direction du parti compte moins d'un tiers de femmes, et à des places peu visibles. Comment expliquer alors le bon bulletin décerné par le Vrouwenraad ? En y regardant de plus près, on constate qu'il s'agit simplement de l'effet de la loi électorale, qui impose la parité sur les listes, combinée avec un mode de scrutin proportionnel. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le regrette, n'en déplaise aux « quota-sceptiques », seule l'obligation de présenter des femmes, y compris à des places éligibles, arrive à leur offrir une visibilité. Car si l'on observe les têtes de liste, là où les partis ont le choix de placer un homme ou une femme, ils placent très majoritairement un homme. Ainsi, si la part d'élues flamandes dépasse les 40%, la part de têtes de liste est de moitié moindre : 21%. Et là, la N-VA ne se distingue guère, avec une seule tête de liste sur six. Et toujours la même Frieda Brepoels, d'ailleurs... C'est Groen!, avec trois femmes sur six têtes de listes qui se révèle, comme on pouvait s'y attendre, le plus « vrouwenvriendelijk ». Mais comme la N-VA a beaucoup d'élues par circonscription, les femmes ont eu leur chance. C'est plus difficile lorsque seul-e le ou la tête de liste (un homme donc dans quatre cas sur cinq) est élu-e. Voilà pour ce qui est de la place des femmes à l'intérieur du parti. Qu'en est-il du programme puisque, après tout, c'est surtout cela qui compte ? Vous le saurez dans la prochaine livraison sur ce blog... (1) voir détails sur http://www.vrouwenraad.be/content.aspx?PageId=608 Ne cherchez pas l'intruse...Par Irène Kaufer :: 05/06/2010 à 13:53
On n'a cessé de l'entendre lors des récents débats autour de l'interdiction du foulard et de la burqa : l'égalité entre femmes et hommes est une valeur fondamentale de notre société et elle n'est menacée que par les hordes extérieures venant, jusque dans nos bras, voiler nos filles et nos compagnes... Mieux encore, dans le domaine politique, grâce à sa législation qui impose la parité sur les listes électorales et à son système proportionnel qui permet de la mettre au moins partiellement en oeuvre, la Belgique est présentée en « exemple » pour l'Europe par le mouvement Choisir de Gisèle Halimi, dans le cadre de la Clause de l'Européenne la plus favorisée... (1) Drôle d'exemple ! La semaine qui vient de s'écouler a opposé un démenti cruel à tous ces beaux principes, montrant à quel point les stéréotypes les plus éculés (pensait-on...) ont la vie dure. Rappel des faits. Dimanche 30 mai, débats politiques sur nos chaînes de télé, à l'approche des élections du 13 juin. Mise au Point sur la RTBF a choisi pour sujet « Que veulent les Flamands ? » En tout cas, on ne saura pas ce que veulent les Flamandes : pas une seule femme sur le plateau. Même jour, même heure, sur RTL, Controverse propose un débat entre « petits » et « grands » partis. De gauche à droite, ils ont au moins un point en commun : avoir choisi un homme pour les représenter. En comparaison, l'émission de la VRT, De Zevende Dag, avec ses deux femmes sur dix invités, paraîtrait presque paritaire... La presse écrite n'est pas en reste. Dans son édition du 31 mai, le Soir a interrogé « 50 faiseurs d'opinion » sur l'avenir de la Belgique. Un panel parfaitement équilibré, 25 francophones, 25 Flamands, une grande diversité d'origines, de positions, mais... seulement 8 femmes. On ne manque pourtant pas d'organisations de femmes en Belgique - de Vie Féminine aux Femmes Prévoyantes Socialistes, en passant par Amazone ou l'Université des Femmes - qui auraient pu proposer des "faiseuses d'opinion", des fois que les journalistes n'en connaîtraient pas (ce qui est déjà grave en soi...) Les femmes politiques, on les retrouve bien, dans la partie bien nommée "Essentielle" de la Libre Belgique. Sur son site, le quotidien propose en effet à ses lecteurs d'élire la meilleure. La plus compétente, celle qui présente les propositions les plus novatrices... ? Que nenni. La question "essentielle", en ces temps de crise politique, institutionnelle, économique, la voici : « Nos femmes politiques belges sont-elles séduisantes ? » Dans les commentaires, des lectrices (mais peu de lecteurs...) s'en offusquent. Les femmes politiques visées vont-elles réagir ? Certaines, que je ne nommerai pas par charité, trouvent la démarche sans gravité, ou même flatteuse.... Il faudra sans doute expliquer et réexpliquer encore que l'absence des femmes, ce n'est pas seulement grave quand on prétend oeuvrer pour la justice sociale - la justice pour une moitié de l'humanité ? - c'est aussi une question de manque de visibilité, d'exemplarité pour les jeunes. Il ne sert à rien de lancer de grandes campagnes sur l'égalité alors que le message implicite ne cesse de répéter : les hommes sont là pour convaincre, les femmes pour séduire... Il s'agit aussi de définir les priorités politiques : pas étonnant que, dans le débat actuel sur les pensions, la question de l'effet des réformes prévues sur les pensions des femmes, déjà nettement inférieures, ne soit guère à l'ordre du jour... Il faudrait des femmes rien que pour voir, noter, s'indigner de... l'absence de femmes ! Car les hommes ne remarquent rien : les chroniqueurs des Regards croisés de la RTBF radio, ce 5 juin, ont observé avec finesse la façon dont les médias traitent la campagne électorale, en insistant sur l'attention portée à l'autre communauté... mais pas à l'autre sexe : ça leur a totalemrnt échappé. Normal, le panel, là aussi, était exclusivement masculin. Et si vous pensez que c'était là juste un mauvais moment à passer, une sorte de « semaine de l'inégalité », regardez ce que nous promettent nos médias pour la semaine prochaine : une magnifique action entre le Soir et De Standaard pour un débat commun Nord-Sud. Voici l'affiche : De Wever, Leterme, Di Rupo, Reynders. Ne cherchez l'intruse... il n'y en a pas. (1) http://www.desfemmes.fr/essais/democratie/choisir_clause.htm Qu'elle est belle ma campagne !Par Irène Kaufer :: 29/05/2010 à 15:56
28 mai : Didier Reynders (MR) « ne voit pas pourquoi l'Etat doit prendre en charge une partie du coût de la restructuration d'une entreprise bénéficiaire", estimant qu'il n'y a pas de raison que l'Etat débourse 100 millions pour aider Carrefour à se débarrasser de près d'un millier de personnes. Bien vu, mon grand mais allez, un peu de courage, il faudrait oser aller jusqu'au bout du raisonnement : je sais, ça fait gauchiste, mais l'Etat devrait interdire (ou sanctionner lourdement) une restructuration dans une entreprise qui fait des bénéfices. L'appel à l'aide de l'Etat n'est jamais qu'une circonstance aggravante. Pas réaliste ? La fameuse taxe Tobin, à la naissance du mouvement Attac, autrefois raillée par les gens sérieux, est brandie maintenant par des politiques qui font presque mine d el'avoir inventée... 28 mai : débat Daerden-Gerkens à la RTBF. Interrogés sur le montant du RIS (revenu d'intégration sociale, si on peut parler d'intégration avec un revenu pareil...), Daerden (PS) l'estime, pour un isolé, à 900 euros, et Muriel Gerkens (Ecolo), plus réaliste mais encore trop optimiste, à 800. Il est à 725 euros, selon le journaliste (1) et il est notoire (sauf pour certains politiques, apparemment) que les revenus minima sont en dessous du seuil de pauvreté (860 euros), ce qui est un vrai scandale. J'aurais été curieuse d'entendre l'estimation d'un libéral ! (2000 euros, peut-être... ?) Proposition: relever les minimas sociaux au niveau où les politiques... croient qu'ils sont.
(1) qui n'a appremment pas non plus les bons chiffres... celui-ci datant de juin 2009. Le RIS a (heureusement! ) légèrement augmenté depuis, tout en restant nettement en dessous du seuil de pauvreté Les mots de l'adversairePar Irène Kaufer :: 26/05/2010 à 15:37
Le système dans lequel nous vivons – qu'on l'appelle ultra-capitalisme, néo-libéralisme ou archéo-barbarisme – est non seulement injuste, souvent briseur de vie et parfois même meurtrier, il est aussi incohérent.Tenez, prenez le cours de l'euro. Il est en baisse ? Tous aux abris ! Il remonte ? Au secours, nos exportations vont être pénalisées... Autre exemple : les marchés. Ah, les fameux marchés, êtres mystérieux autant que redoutables, dont il nous faut gagner la confiance, sous peine de terribles représailles... Affolés par la dette de certains pays, ils exigent des cures d'austérité. On les leur promet. Sont-ils apaisés pour autant ? Que nenni, les voilà qui paniquent parce que l'austérité, ça menace la relance économique ! C'est un peu comme si on lâchait un tigre affamé dans la nature, qu'on lui offrait de dévorer nos enfants dans l'espoir – vain ! - de le rassasier, et puis qu'il vienne nous reprocher d'avoir négligé notre progéniture, le privant de futures ripailles ! Eh bien, je le dis tout net : les marchés, il ne s'agit pas de gagner leur confiance, mais de les mettre au pas. Plus généralement, nous – je parle des gens de gauche, pas vaguement progressistes, pas forcément révolutionnaires, non : simplement de gauche – n'avons rien à gagner à jouer sur le terrain de l'adversaire. Les amateurs de foot le savent : sur le terrain adverse, on est toujours désavantagé et on joue plutôt défensivement. Même l'arbitre a parfois tendance à se laisser influencer par les supporters...Dans une chronique de Libération, Pierre Marcelle écrit : « De "la crise" et tout ce qu’elle recouvre, on devrait cesser de gloser avec les mots de l’adversaire (marchés, taux d’intérêts, croissance, déficits publics, inflation, déflation, etc.) qui, la désincarnant, la réduisent à une inéluctable abstraction ; à une expertise » (1).Voilà : cesser de gloser avec les mots de l'adversaire. Or voilà, nous glosons... et nous perdons la partie. Si le terme de « croissance » a pris du plomb dans l'aile (et il faut bien l'admettre, c'est plus grâce aux écologistes qu'à la « gauche de la gauche »), si l'idée d'une redéfinition du PIB (2) (qu'on devrait rebaptiser « produit intérieur brute, » dans le sens de brutal...) font leur chemin, il n'en est pas de même pour d'autres mots sacrés. Deux exemple encore. D'abord, la « compétitivité ». Outre que c'est l'un des mots les plus laids de la langue française, voilà un objectif repris de droite à gauche, y compris par les organisations syndicales Même si, à la différence du patronat, pour les syndicats la compétitivité ne doit pas se lire en termes de chute des salaires et des allocations, de remise en cause des conquêtes sociales et de la dégaradation des conditions de travail, mais aussi par des efforts d'éducation, d'innovation, il n'en reste pas moins que le principe lui-même n'est guère remis en question. Etre « compétitif, » ce n'est pas seulement faire des bénéfices, c'est en faire plus que les autres, dans une course sans fin. On devrait appeler ça « la délocalisation de la pauvreté ». Evidemment, c'est moins sexy à défendre. Autre exemple, le « non marchand ». Le seul fait de définir par la négative quelques-unes des activités les plus indispensables au bien-être ou simplement à la survie des humains – l'éducation, la santé, la prise en charge des personnes dépendantes... tiens tiens, justement des secteurs très féminisés...- est déjà un programme politique en soi. On pourrait tout aussi bien, en changeant de logique, diviser les secteurs économiques en « indispensable » (une bonne partie du non marchand), « utile », « inutile » et « nuisible » (ces deux dernières catégories reprenant une bonne partie du secteur dit « marchand »). Voilà qui aurait une autre gueule... et permettrait de définir d'autres priorités.
Pentecôte d'AdamPar Irène Kaufer :: 24/05/2010 à 12:21
C'est un beau dimanche ensoleillé du mois de mai, le dimanche de la Pentecôte, doublement férié en quelque sorte. Un jour pour aller se dorer sur une plage, s'étendre dans un jardin et partager un long apéro avec des amis. Pas un dimanche pour râler, et pourtant... Pourtant, ce dimanche 23 mai, en écoutant la radio ou en allumant la télé, on aurait cru vivre la Journée internationale des Mâles... s'il n'y en avait déjà 364 par an. Allez, un petit florilège. Pour commencer, « La Pensée et les Hommes », émission de morale laïque, consacrée à la neutralité de l'enseignement. « Neutralité », on s'en doute déjà : on ne va pas échapper à la question du voile. Déjà que l'enseignement est largement une affaire de femmes, avec le voile en plus, on n'imagine pas un débat entre mecs. Eh bien si : « La Pensée et les Hommes » a deux invités masculins (assez ronronnants par ailleurs – sans vouloir insulter les chats - comme l'est trop souvent cette émission). Qui ne vont pas louper le refrain sur l'égalité entre hommes et femmes, notre valeur sacrée menacée par le port du foulard, et par lui seul, évidemment. J'avais envie de leur lancer, toute pudeur ravalée : hé, mon grand, regarde les couilles dans ton oeil plutôt que le voile dans celui de ta voisine ! Quoi qu'en disent certain-e-s qui prétendent encore que le terme « Homme » inclut toure l'humanité, il s'agit encore bien trop souvent de l'humanité mâle qui se prend pour l'universel. Amnesty International l'a bien compris, préférant se référer aux « droits humains ». « La Pensée et les Hommes », toute pétrie de laïcité et de valeurs d'égalité, n'a pas (pas encore ?) fait le chemin. Un coup d'oeil sur le site de l'émission confirme que c'est très généralement l'humanité masculine (et blanche) qui s'exprime au nom de tous et de toutes. Faut croire que les femmes ne pensent pas. A peine remise de ma montée d'adrénaline, je me branche sur l'émission radio « Et Dieu dans tout ça », qui fait un joli pied de nez à la fête religieuse en abordant la question de la non croyance, avec des athées, agnostiques, sceptiques de tout poil. Enfin bon, pas vraiment de tout poil, seulement du poil au menton. Les débats entre religieux sont souvent unisexe, ce qu'on peut encore expliquer par la sous-représentation des femmes parmi les rabbins, évêques, imams et autres dalaï lamas... Mais ici, on discute entre laïcs, et vous savez quoi ? Que des mecs. Poursuivons avec le débat dominical de Controverse sur RTL, sur le thème : « Serons-nous ruinés dans dix ans ? » Politiques, experts entourant le jovial Pascal Vrebos : que des mecs.Faut croire que la ruine, c'est comme la prostate, ça concerne que les hommes ; l'état des bourses, avec ou sans majuscules, serait une préoccupation exclusivement masculine. Peut-être que les femmes s'en tapent d'être ruinées, ou qu'elles le sont déjà... ? Quand je pense que la Belgique est présentée comme un modèle en matière de représentation politique des femmes... (1) Après ça, on se sent presque au pouvoir parce que pour une fois, le débat « Mise au Point » de la RTBF compte deux femmes (sur huit invités, faut pas trop demander, quand même). Il y a quelques mois, une étude réalisée par CSA révèlait « notamment une sous-représentation des femmes par rapport aux hommes (1/3-2/3) parmi les intervenants que l'on voit à l'écran « (2) . La ministre Fadila Laanan s'en émouvait. Eh bien ça urge. Le pire, peut-être, c'est que quand je râle, il s'en trouve certains (et hélas, même certaines) qui ne comprennent pas qu'autant de colère puisse sortir de la (Pente)côte d'Adam... et me reprochent de « pinailler ». Allez, imaginons un débat bien sérieux - pour ne pas dire carrément chiant - par exemple sur la crise financière, ou la prolifération nucléaire, avec rien que des femmes, journalistes, invitées, expertes. Voilà qui paraîtrait pour le moins étarnge Ou mieux encore : la Coupe du Monde de foot entièrement commentée par des femmes. Pas de ces nanas hyper sexy qui feraient louper un but au plus ardent des supporters, non, une femme normale, ou même bien mûre, comme le sont beaucoup de nos débatteurs télégéniques. Vous imaginez le scandale ! Sûr que là, les « pinailleurs » seraient légion.
Les "femmes de roc" de Nathalie BorgersPar Irène Kaufer :: 12/05/2010 à 17:52
Au risque de transformer ce blog en critique cinématographique, j'aimerais inciter celles et ceux qui me font le plaisir de lire mes textes à ne pas manquer ce formidable film de Nathalie Borgers, « Vent de sable, femmes de roc » (1). Le documentaire suit un groupe de femmes touboues du Niger qui, chaque année, partent dans le désert avec chameaux, chèvres, ânes et enfants jusqu'aux oasis où elles peuvent vendre leurs animaux et récolter des dattes, qu'elles iront ensuite vendre sur des marchés avant de rentrer dans leurs villages avec suffisamment de ressources pour assurer leur indépendance économique durant un an. Au total, elles parcourent quelque 1500 km, principalement à pied, les chameaux servant surtout à porter les bagages, les marchandises, les enfants et... des chèvres fatiguées ! Le tout dans le désert et sans GPS : qui donc a dit que les femmes n'ont pas le sens de l'orientation ? La réalisatrice s'est attachée plus particulièrement à trois de ces femmes, alternant les images (sublimes !) de l'expédition, les confidences échangées sur les ambitions de chacune, l'envie d'étudier, d'échapper aux brutalités des maris, de construire leur propre vie dans une société où elles ne valent que la moitié d'un homme. Avec des moments drôles ou touchants, le film dresse surtout un portrait d'un groupe de femmes très loin des stéréotypes de genre : outre le fameux sens de l'orientation, ce sont toutes les idées reçues sur la « faiblesse » des femmes, leur « douceur » soi-disant naturelle, leurs rapports de rivalité, qui sont battues en brèche. Ces femmes sont belles, fortes, solidaires, ce sont des résistantes à leur manière. D'une certaine façon, ces femmes réinventent aussi, à leur manière, les bases du féminisme : l'indépendance financière comme condition de toute forme de liberté, la non-mixité qui permet une parole plus libre, l'échange d'expériences pour se sentir plus fortes, la découverte des violences et des njustices collectives, mais aussi des possibilités de révolte... On est très loin de toutes ces nunucheries que l'on vient de subir à l'occasion de la Fête des Mères !
(1) Sortie le 19 mai à Bruxelles. Quelques réflexions autour du film "Liberté"Par Irène Kaufer :: 08/05/2010 à 11:38
Certes, ce n'est pas l'indispensable « Shoah » de Lanzman, ni même la « Liste de Schindler » , mais quand même : dans son dernier film, « Liberté », Tony Gatlif aborde un sujet mal connu : le sort des Tsiganes d'Europe durant la deuxième guerre mondiale. L'ignorance, le déni, sont encore trop courants aujourd'hui autour de ces populations qui ont subi, elles aussi, des massacres de masse. Le soir même où j'ai vu ce film, le JT belge consacrait un sujet à la mémoire des camps nazis, sans un mot pour ces autres victimes qui furent tout de même entre 200 000 et 500 000 à disparaître. Le manque de précision des chiffres – entre un quart et la moitié de la population tsigane a été exterminée, dont trois quarts des Belges et pratiquement la totalité dans certains pays comme les Pays-Bas – indique à lui seul le peu d'intérêt que cette part d'histoire a pu rencontrer auprès des chercheurs (1). Le film a la faiblesse de ne pas oser prendre son sujet à bras le corps. L'extermination des Tsiganes dans les camps de la mort, leur statut de cobayes dans d'atroces expérimentations médicales, tout cela n'est rappelé qu'au générique final. Gatlif centre son propos sur la situation française, à savoir l'enfermement dans des camps d'internement, sous la surveillance de gendarmes bien français. Et encore, ce qui se passait dans ces camps est très rapidement évoqué, le film se centrant plutôt sur ces autres Français qui ont tenté de sauver quelques familles, tout comme la « Liste de Schindler » était centrée sur un Allemand sauveur de Juifs. La condition même, peut-être, pour toucher le grand public... Le grand film sur le projet d'extermination des Tsiganes par le régime nazi reste encore à tourner. Non seulement cette réalité est mal reconnue, mais les discriminations et le mépris continuent, sans trop chatouiller nos mauvaises consciences. Lorsqu'ils fuient les persécutions subies dans les pays d'Europe centrale, ils ne trouvent guère bon accueil chez nous. Co-auteure d'un livre sur le sort des Tsiganes de France (1), Marie-Christine Hubert avance plusieurs explications : « Contrairement aux résistants ou aux Juifs, les Tsiganes n’ont pas eu d’élite pour porter la mémoire de ce qui leur était arrivé - ce sont des historiens non-tsiganes qui ont dû le faire. (...) Enfin, les persécutions, même moindres, qui ont continué après-guerre les ont plutôt incités à faire profil bas ». L'horreur de l'Histoire ne s'est jamais écrite toute seule, il a fallu que les victimes se battent pour faire reconnaître leurs souffrances. Il faut revoir, pour y croire, le « Nuit et Brouillard » d'Alain Renais, pour constater qu'un film a pu être tourné sur les camps en 1955 sans que jamais le mot « juif » ne soit prononcé ; il faut se rappeler aussi les difficultés vécues par les associations homosexuelles pour avoir simplement le droit de déposer des fleurs et de participer aux cérémonies en souvenir de leurs déportés. Outre le rappel d'une réalité mal connue, le film de Gatlif a une autre grande qualité : jamais il n'essaie d'idéaliser les victimes, de nous les montrer comme étant si proches de nous que seuls des préjugés stupides nous les font voir différents. Sans verser dans un exotisme folklorique, Gatlif nous montre un mode de vie qui peut nous paraître étrange, des habitudes déconcertantes, et même un refus de nous ressembler. Oui, « ils ne sont pas comme nous » et néanmoins, en tant qu'humain, ils ont des droits dont nous sommes co-responsables. Ce qui me fait revenir sur tous ce débats actuels autour du « communautarisme » - qui est toujours celui des autres, alors qu'il existe pourtant bien un « communautarisme majoritaire », un « repli sur soi autochtone » qui n'accepte les autres, au mieux, que s'ils consetent à nous ressembler en tous points. Bien sûr, à la différence d'autres populations – disons le nettement : aujourd'hui, ces débats visent surtout les musulmans - les Tsiganes n'ont pas de revendications politiques, ils ne prétendent pas participer à notre vie sociale, économique, associative, bref, nous ne nous sentons pas menacés. Pas de menace, pas d'intérêt. Pourtant leur présence pose de vraies questions de démocratie : devons-nous imaginer, avec eux, une organisation sociale compatible avec leur mode de vie nomade – leur proposer des terrains pour leurs caravanes, organiser un mode de scolarisation particulier – ou lier leurs droits à une exigence de sédentarisation ? Tous les efforts d'adaptation doivent-ils venir de leur part – alors même qu'ils vivent parmi nous depuis des générations...- ou devons-nous accepter des « accommodements » pour leur permettre de bénéficier des bienfaits de notre société ? Autant de questions importantes pour le « vivre ensemble ».... (1) On trouve plein d'informations sur le site http://www.mondomix.com/actualite/583/les-tsiganes-a-l-epreuve-des-camps.htm Le coq, le lion et la burqaPar Irène Kaufer :: 28/04/2010 à 10:36
Oserais-je un rapprochement quelque peu audacieux, entre deux phénomènes qui enflamment l'actualité et qui n'ont, apparemment, vraiment aucun rapport entre eux ? Allez, j'ose : à ma gauche, l'interdiction du port de la burqa, à ma droite, la scission de BHV. En effet, ces deux sujets si différents me semblent avoir plusieurs points communs : ils déchaînent les passions, tout en concernant, en réalité, un nombre restreint de personnes ; ils servent aussi, chacun dans son domaine, d'écran – pour ne pas dire de voile... - à des questions autrement plus aigues : la peur de l'islam d'un côté, les risques d'explosion de la Belgique et notamment, de son système de sécurité sociale de l'autre. Mais tant qu'on se focalise sur la burqa et BHV, on n'aborde pas les problèmes de fond... Autre rapprochement, l'incapacité ou l'absence de volonté à comprendre le point de vue de l'autre. On peut juger les deux phénomènes insupportables – la transformation de certaines femmes en fantômes ambulants, la montée d'un nationalisme étroit et tâtillon... - cela ne dispense pas, si l'on refuse la séparation et l'exclusion, d'essayer d'entendre les motivations de l'autre, aussi absurdes nous paraissent-elles, à nous qui sommes, bien entendu, ouverts, tolérants et rationnels. Pour ce qui concerne BHV, cette absence d'ouverture me paraît flagrante du côté francophone. A entendre les analyses les plus courantes, les Flamands seraient uniquement guidés par l'égoïsme des riches et profiteraient de leur position de force – leur nombre, leur prospérité...- pour se venger d'anciennes humiliations (quand on les reconnaît, ce qui n'est pas toujours le cas). Or il ne faut pas beaucoup pousser une partie des francophones, quand ils sont ou se croient entre eux (certaines discussions sur Facebook sont éclairantes à ce sujet !), pour qu'ils expriment le fond de leur pensée : cette autre langue, ils ne la connaissent pas et ont bien l'intention de ne jamais l'apprendre. Disons-le tout net : s'il ne s'agit pas de cette « incapacité intellectuelle » chère à Leterme, on peut parler de vrai mépris, car au fond, hein, ça sert à quoi de parler le néerlandais... ? S'il s'agissait d'apprendre l'anglais, l'allemand ou l'espagnol, alors là oui, ça mériterait un effort, car voilà des vraies langues, celle de Shakespeare et de U2, de Goethe et d'une grande puissance économique, celle d'Almodovar et de Torremolinos... Mais le flamand, ça sert où... ? Oui, peut-être bien à Torremolinos, pour boire un coup avec ses voisins de camping... Ce mépris, les Flamands le sentent et ne le supportent plus, et ils ont raison. Quand j'entends dire que BHV est un problème artificiellement monté en épingle par des politciens séparatistes, et qui n'intéresse pas la population du Nord du pays, je me demande pourquoi aucun parti flamand n'ose revendiquer ce supposé manque d'intérêt pour ramasser un maximum de voix en plaidant pour la prise en compte des "vrais problèmes des gens". Ce sont au contraire les partis les plus radicaux qui risquent de sortir vainqueurs des prochaines élections, ce qui en dit long sur la radicalisation d'une partie importante de l'électorat flamand. Il faut dire que toutes ces "sonnettes d'alarme" et autres "procédures en conflit d'intérêt" (y compris de la communauté germanophone, très concernée, effectivement, pas BHV !), largement agitées par les francophones dans le seul but de gagner du temps, peuvent aussi être ressenties comme l'expression d'un mépris et d'un refus d'entendre de la part de partis qui n'ont aujourd'hui que le mot "dialogue" à la bouche. J'ajoute aussitôt que je me suis souvent étonnée de voir les hommes politiques flamands, prêts à monter sur leurs grands chevaux pour défendre leur langue et leur culture, se montrer bien frileux quand ils ont l'occasion de les faire découvrir de ce côté-ci de la frontière linguistique (rien que cette expression : frontière linguistique, me paraît résumer toute l'absurdité de notre petit pays...) Ainsi, lorsqu'ils sont invités dans l'émission Matin Première de la RTBF et qu'ils ont la possibilité de choisir un morceau musical en introduction à leur interview, la plupart optent prudemment pour un tube anglo-saxon, à moins de nous servir un Brel, même pas dans l'une ou l'autre version flamande. Au lieu de nous faire découvrir les talents de leur région, un Ramses Shaffy, une Liesbeth List ou un Raymond Van het Groenewoud ! Bon, d'accord, on me dira que BHV se distingue quand même de la burqa parce qu'il ne s'agit pas là d'atteinte à la dignité humaine – quoique certains francophones n'hésitent pas à brandir les droits humains pour dramatiser leur situation... On me dira aussi que BHV, au moins, n'a aucun rapport avec l'égalité entre hommes et femmes, ce sujet qui est tout de même au centre de ce blog. Quoique... Lors du dernier Mise au Point, ce dimanche, la RTBF a fait fort : non seulement le plateau du débat était exclusivement masculin – de composition comme de ton, comme l'a fait remarquer Christos Doulkeridis (1) – mais avant de passer aux choses sérieuses – donc mâles – les journalistes se sont permis un petit intermède léger, sexy, avec un sujet sur... l'élection de Miss BHV. Un machin qui ressemble à un canular mais qui est un coup de pub d'une agence dite « de communication » et qui, hélas, a droit à des articles jusque dans la très sérieuse Libre Belgique. Ces dames, bien que posant en bikini, sont censées être de grandes intellectuelles multilingues, capables de nous expliquer les tenants et aboutissants du problème, in twee talen aub. L'une d'elles se déclare même admiratrice de Michel Daerden, c'est dire si elles sont capables de réfléchir. Une saisissante analyse de genre sur la place des femmes et des hommes dans les médias ; aux premières la distraction, aux seconds les débats sérieux... A moins de le voir autrement : tandis que coqs et lions jouent à gonfler crêtes et crinières, les poules s'en tapent comme de leur premier oeuf et les lionnes cherchent une place en crèche pour leurs lionceaux, quelle que soit la langue du rugissement... Mais c'est une explication un peu trop essentialiste... et sans doute trop idéalisée. (1) Le dire c'est bien, le faire c'est mieux : la prochaine fois, l 'un de ces messieurs pourrait suggérer de se faire remplacer par une collègue. Je dois ajouter, pour la vérité historique, que dans un autre débat où justement, la question de la mixité était posée, je n'ai pas trouvé dans mes réseaux, en dehors du monde politique, de femme à la fois compétente sur le sujet et qui ait vraiment envie de s'y coller...
A noter un débat intéressant sur le sujet (eh oui, c'est possible !) ce mardi 27/4 sur Télé Bruxelles : http://www.telebruxelles.net/portail/content/view/10018/458/ Le chagrin des PolonaisPar Irène Kaufer :: 11/04/2010 à 14:42
Je sais : ce n'est pas très charitable de s'en prendre à un mort, et moins encore quand il est décédé dans les circonstances tragiques d'une catastrophe aérienne, qui a fait des dizaines d'autres victimes, moins médiatisées. Mais il y a quelque chose d'indécent dans le débordement d'hommages rendus au président Lech Kaczynski, quel que soit le respect que l'on puisse avoir pour le chagrin et le désarroi du peuple polonais. Cette espèce de "Lech-bottes" généralisé va bien au-delà de la simple politesse diplomatique à laquelle, par ailleurs, les médias ne sont nullement tenus. Car enfin, qui était Lech Kaczynski ? Un anticummuniste très primaire, instigateur d'une chasse aux sorcières qui indisposait jusqu'au très droitier Lech Walesa ; un homophobe qui s'était fait un nom en interdisant la Gay Pride alors qu'il était maire de Varsovie (1), un « catholique convaincu » que, s'il professait une autre religion, on n'hésiterait pas à qualifier d'"intégriste"... Un grand ami aussi de Radio Maryja, une station ouvertement xénophobe et antisémite qui, outre son combat contre le mariage homosexuel et l'avortement, s'est aussi distinguée en menant une bataille contre le remboursement des bien juifs spoliés pendant la deuxième guerre mondiale (2). En voilà un qui n'avait pas besoin de porter un "signe convictionnel ostensible", selon le nouveau vocabulaire en vogue, pour afficher ses positions ! Or que lit-on dans les médias ? A côté d'expressions de deuil et de condoléances de circonstance, le portrait d'un homme qui "prônait une réforme de la Pologne dans la justice, la solidarité et l'honnêteté" (3). On sourit d'une telle originalité car on connaît peu d'hommes politiques ayant pour projet – du moins ouvertement.. - de conduire leur pays sur la voie de l'injustice, de l'égoïsme et de la corruption... Un homme "dévoué à la liberté et la dignité de l'homme", grandiloque Obama. Un président avant tout soucieux de "la démocratie, la liberté et la lutte contre le totalitarisme", ânonne Sarkozy. "Un ami d'Israël", le regrette-t-on à Tel Aviv, faisant mine d'ignorer ses amitiés avec les antisémites de Radio Maryja ! Certes, en cherchant bien, on peut aussi lui trouver quelques côtés plus sympathiques. Antilibéral dans tous les sens du terme, il a rechigné à signer le Traité de Lisbonne et s'est opposé à la privatisation de secteurs-clé comme la santé, se disant sensible au sort des plus démunis – à condition, bien sûr, qu'ils soient polonais, farouchement anticommunistes, catholiques et hétérosexuels. Bref, même si j'aurais préféré qu'il démissionne ou mieux, qu'il soit électoralement viré par le peuple polonais, comme l'a été son frère jumeau Jaroslaw, la disparition de ce personnage de la vie politique européenne ne m'apparaît pas comme une "perte irrémédiable", comme il est de bon ton de l'écrire Je profite de l'occasion pour soulever une question que je me pose à chaque catastrophe : comment les croyants – et on connaît la religiosité des Polonais – arrivent-ils à échapper au doute alors que là, on ne peut vraiment pas dire que "Dieu a reconnu les siens " ? Lech Kaszynski était un chrétien exemplaire, prêt à faire un rempart de son corps contre les hordes infidèles, homophiles et avorteuses partant à l'assaut de la vertueuse Pologne. Plus bigot que ça, tu meurs ! Au moment où l'avion allait s'écraser au sol, où donc était ce Dieu bon et tout puissant, alors qu'il Lui suffisait de remuer un de Ses doigts célestes pour soulever l'appareil et le poser en douceur sur une piste d'atterrisage, ou au moins dans une prairie ? S'Il voulait se rappeler au bon souvenir de ses ouailles – peut-être y avait-il même un mécréant dans l'avion, qui sait, ces mauvaises herbes poussent partout ! - il pouvait n'intervenir qu'à la dernière minute, et les passagers en auraient été quittes pour une grosse frayeur. A moins qu'Il n'ait été trop occupé à tenter d'éteindre l'incendie qui couve autour de son cher Benoît et des scandales de pédophilie... Qu'on (re)trouve la foi suite à un traumatisme personnel, je peux encore le comprendre : dans ces cas-là, on fait ce qu'on peut pour ne pas sombrer. Mais quand ce Dieu (supposé bon, de surcroît !) s'en prend à des créatures qui, en apparence, ont tout tenté pour lui plaire, comment peut-on encore croire à son existence - à moins que ce soit pour le maudire ? Décidément, les chemins de la foi me sont impénétrables. S'il y a des croyants dans la salle, qu'ils m'expliquent. Vraiment, j'aimerais comprendre... (1) http://www.tetu.com/actualites/international/La-Pologne-elit-un-homophobe-a-la-presidence-8820 (2 )http://www.golias.fr/spip.php?article1683 (3) Selon la dépêche de l'AFP reprise par de nombreux journaux
"La victime aura la tête tranchée"Par Irène Kaufer :: 10/04/2010 à 11:01
L'information n'a pas eu autant d'écho que l'élimination du Standard de l'Europa League, pourtant elle me paraît plus navrante : l'équipe féminine iranienne de foot a été exclue des Jeux Olympiques de la Jeunesse, qui doivent réunir, en août prochain à Singapour, quelque 3600 athlètes de 14 à 18 ans. Motif de l'exclusion : les footballeuses iraniennes joueraient dans une tenue qui leur cache bras, jambes et cheveux. Cette tenue peut sembler peu pratique – quoiqu'on ne puisse pas jurer que dans le feu de l'action, il n'y ait jamais un poil ou une cheville qui dépasse... - mais ce n'est pas ce qui dérange la fédération internationale de football. Non, le problème c'est que le règlement prévoit que "l’équipement de base obligatoire ne doit pas comporter de déclarations politiques, religieuses ou personnelles”. A voir les maillots des grands clubs, on constate que par contre, la propagande éhontée pour les multinationales de tout poil – y compris les banques en pleine crise financière...- est parfaitement autorisée. Or c'est une déclaration politique comme une autre... Que craint donc la FIFA ? Quelle obscure menace pour un sport par ailleurs gangrené par la violence, le racisme et l'homophobie ? Quel « prosélytisme » insupportable ? Imagine-t-on que, si jamais les Iraniennes remportaient une médaille, on assisterait à une épidémie de conversions à l'islam... ? Pour autant qu'on sache, la vision régulière, par des millions de téléspectateurs, de ces joueurs adulés qui font le signe de croix en montant sur le terrain ou en fêtant un but, ne remplit pas les églises le dimanche suivant... D'ailleurs, si l'expression religieuse sur un terrain contrevient au règlement, comment se fait-il que ce geste-là ne soit pas sanctionné, comme l'est celui du joueur qui ôte son maillot pour manifester sa joie ? Moi, ça me paraissait plutôt une bonne nouvelle, que des jeunes Iraniennes puissent jouer au foot et aller disputer un tournoi à l'étranger. Les exclure, c'est claquer la porte au nez de celles, justement, qu'on prétend « protéger ». C'est condamner les victimes au nom de la lutte contre leurs oppresseurs. Qu'elles soient forcées de se couvrir ou qu'elles le fassent de leur plein gré, le mieux qu'on puisse leur souhaiter, c'est de se confronter à d'autres cultures, d'autres modes de vie, favoriser la rencontre et le sport en liberté, bras et jambes caressés par le soleil, cheveux au vent... Comme l'écrit le journaliste Armin Arefi (1) : "Messieurs les chers dirigeants de la FIFA, vous qui savez que les Iraniennes sont déjà victimes de discriminations en République islamique, notamment depuis l’élection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence, et que les joueuses de l’équipe de football d’Iran sont forcées de revêtir le voile, aussi bien dans leur pays que lorsqu’elles le représentent à l’étranger, veuillez comprendre que vous venez de les priver d’un immense bonheur "... Et comme dans d'autres circonstances où des jeunes femmes sortent de l'enfermement, que ce soit par les études, le travail, l'engagement citoyen... ou le sport, sous prétexte de leur oppression, on leur coupe toute possibilité d'émancipation, tant qu'elles n'acceptent pas de nous ressembler en toutes choses. Pas de pitié pour la victime : c'est elle qui aura la tête tranchée. (1) Voir http://iran.blog.lemonde.fr:80/2010/04/06/quand-le-debat-sur-le-voile-frappe-les-jeux-olympiques/
Fraternité... et ta soeur !Par Irène Kaufer :: 01/04/2010 à 16:52
Il y a là quelque chose de répétitif, de tristement habituel et pourtant, je ne m'y habitue pas, et j'espère que je ne m'y habituerai jamais : l'humanité, l'universalité, ce sont les hommes. Les femmes, elles, ne peuvent représenter que des « cas particuliers ». Et leurs priorités, ce qu'on appelait dans ma jeunesse militante des « fronts secondaires ». Deux exemples récents, datant de dimanche dernier. Apparemment, aucun rapport entre eux. Mais la même logique à l'oeuvre... Ce 28 mars donc, Bruxelles accueillait une « Marche pour la vie », réunissant une belle brochette de réacs de tout poils – mais surtout de poil dur catholique, avec l'auguste présence de Monsieur Cardinal Léonard. En face, des contre-manifestant-e-s, rassemblé-e-s à la hâte, sans grande mobilisation, entonnaient sur tous les tons le droit des femmes à décider, « un enfant si je veux, quand je veux ». Du moins, c'était la réponse la plus appropriée à la volonté de remise en cause d'une liberté chèrement acquise par les femmes, et encore, pas partout... Mais voilà, profitant de leur organisation et du fait qu'ils avait la plus grosse (la plus grosse banderole, la plus grosse sono...), des militants du Front anti-fasciste (FAF), bien que minoritaires dans la contre-manif, ont réussi à occuper sans vergogne l'espace médiatique, si bien que le lendemain, sur la foi de l'agence Belga, la majorité des journaux n'avaient vu que des manifestants anti-fascistes. Oubliées, les féministes, effacées, les militantes du Planning Familial. Le quotidien gratuit Métro montrait deux militants du FAF avec cette inscription « L'avortement ne devrait-il pas être obligatoire chez les fachos ??? » ce qui, même accompagné d'une kyrielle de points d'interrogation, n'a aucun rapport avec la revendication de la liberté des femmes. Remarque que ces fringants militants ont rejeté avec dédain, très fiers de leur "humour" de potaches. Pire encore : à la fin de la manifestation, un de ces « frontistes » s'est mis à expliquer aux policiers que sur l'avortement, il n'avait pas d'avis – ce qui ne l'empêchait pas de le donner quand même ; il disait n'être « ni pour ni contre » (comme si les féministes étaient pour l'avortement !!), que bien sûr, il comprenait, en cas de viol... Là-dessus, je me suis permis de l'interrompre assez brutalement pour lui signaler que les femmes n'allaient pas demander au Front anti-fasciste dans quelles circonstances elles avaient le droit de décider si oui ou non, elles auraient un enfant (1). Cette instrumentalisation n'est d'ailleurs pas particulière au FAF : le colloque organisé ce 1er avril, tout comme la Carte Blanche parue dans le Soir (2), revendiquent la lutte pour le droit à l'avortement comme un combat avant tout laïque. Certes, les partis laïcs ont joué leur rôle politique dans la dépénalisation, mais je suis assez vieille pour me rappeler (ou pas assez vieille pour avoir oublié...) combien nous étions seules à nous battre, dans les années 70-80, pour ce droit-là. Tout autre chose, mais à peine, ce même 28 mars, l'intéressante émission de Jean-Paul Hecq, « Et Diee dans tout ça ? » consacrait son numéro au « minimum commun », soit « les valeurs minimales sur lesquelles les êtres humains pourraient s'entendre, quelle que soient leur religion, leur culture, leur philosophie, leurs convictions »... mais pas leur sexe. Une fois encore, les hommes représentaient l'ensemble des ces êtres humains et pouvaient donc, entre eux, pérorer sur leurs « valeurs communes » ! Les invités étaient en effet un rabbin, un pasteur, un islamologue et un franc-maçon, tous masculins (3). Pour mieux relever l'incongruité de la chose, il suffit d'imaginer le même débat, à haute prétention universaliste, avec comme invitées seulement des femmes. Alors, le premier qui me parlera encore de « fraternité », je lui balancerai sans hésiter : « Et ta soeur ? »
Mâle attitudePar Irène Kaufer :: 27/03/2010 à 17:11
"Franchement, je rêve que Charles Picqué soit un ministre-président mâle et viril. Qu’il tape du poing sur la table au lieu de se lamenter en permanence". Qui a prononcé ces fortes paroles ? Quel macho mal dégrossi, qui ne se serait pas résigné à l'arrivée de femmes en politique, et pas seulement pour faire plus joli sur la photo (1) ou préparer le café ? Quel clone de José Happart, quel admirateur de Gilles Mouyard, ce député MR qui a connu sa seconde de gloire pour avoir envoyé un SMS graveleux à la présidente du Parlement wallon en février dernier ? En d'autres temps, dans un langage moins châtié, l'un de ces hommes des cavernes (ou des tavernes) aurait sans doute lancé, espérant récolter les rires gras de ses congénères, quelque chose comme « Hé, les mecs, un ministre-président, ça doit en avoir deux, et bien grosses, c'est pas un boulot de gonzesse ou de pédé ! » Mais les temps ont changé et aujourd'hui, ces choses-là se disent avec davantage de circonvolutions. Mais hélas, elles se disent toujours, et se pensent sans doute encore plus souvent. N'empêche : les entendre dans la bouche si bien élevée de Françoise Bertieaux – car c'est d'elle qu'il s'agit (2) – fait un choc. Car Françoise Bertieaux n'est pas n'importe qui : présidente du MR bruxellois et cheffe de groupe MR au Parlement de la Communauté française, échevine à Etterbeek où elle détenait, jusqu'en 2006, les compétences de l'égalité des chances... Un communiqué signé de députées bruxelloises Ecolo Zakia Kattabi et Céline Delforge lui répond ironiquement : « Elle réussit la réelle performance de nous expliquer en une seule phrase que d’une part une ministre-présidence est une fonction qui doit être occupée par un mâle, d’autre part que se lamenter en permanence serait donc une caractéristique féminine et enfin, qu'un homme, un vrai, tape du poing sur la table, rien de tel qu’un peu de violence pour se faire respecter ». Dans la conception Bertieaulienne, un homme, un vrai, en bon cousin du gorille, se frappe sans doute aussi la poitrine en poussant des grognements terrifiants pour impressionner ses adversaires. Et pardon pour mes amis hommes qui ont dépassé ce stade de l'évolution... On le voit, la présence des femmes en politique, et plus encore à des postes de responsabilutés, est loin d'avoir intégré toutes les consciences – sauf si ces femmes sont prêtes à adopter les comportements mâles (dans le sens le plus éculé du terme), le vocabulaire mâle, et sans doute aussi les priorités mâles. C'est encore plus désolant de la part d'une femme, et encore plus ironique venant des rangs du MR qui, ces derniers temps, s'est soudain découvert une passion pour l'égalité entre femmes et hommes, comme une des valeurs basiques et inaliénables de notre société. En tout cas, il n'hésite jamais à brandir cette valeur quand il s'agit de dénoncer la présence de Mahinur Ozdemir, la députée CDH voilée, au parlement bruxellois. Pas assez laïque... ou pas assez « mâle et virile » pour mériter de représenter le peuple belge ? (1) C'était l'argument repris tel quel, et sans ironie aucune, par une journal local etterbeekois lors des dernières élections communales : l'auteur se réjouissait qu'il y ait davantage de femmes candidates, « c'est plus joli sur la photo... » (2) La dernière Heure, 25/3/2010. Voir http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/305088/bertieaux-picque-ballotte-par-demotte.html Celles par qui le scandale arrivePar Irène Kaufer :: 17/03/2010 à 9:34
Quand vous voudrez expliquer à un Martien ce qu'est un paradoxe, les débats actuels autour du foulard islamique pourront vous servir de cas d'école. Disons-le d'emblée : militante féministe et lesbienne, juive athée et résolument méfiante envers tout communautarisme – y compris le communautarise de la majorité, qui ne dit jamais son nom...- je n'étais pas prédestinée à exprimer une quelconque sympathie pour les religions en général, et le foulard en particulier. Je suis même plutôt d'accord pour considérer qu'il représente une infériorisation des femmes, viles tentatrices – tout en ajoutant qu'il est plutôt insultant pour les hommes qui seraient incapables de résister à la vue d'une chevelure en liberté. Mais parfois, il faut savoir bousculer ses convictions personnelles et choisir ses priorités : la mienne se situe clairement du côté de la libération des femmes, d'un maximum de femmes et principalement, celles des classes populaires. Et c'est là que je retrouve mes paradoxes. Paradoxe numéro 1 : au nom de l'émancipation des femmes, voilà que certains flinguent en priorité celles... qui prétendent justement s'émanciper. Celles qui sont visées et qu'on veut absolument libérer, fût-ce contre leur gré, ce ne sont pas les femmes cloîtrées chez elles avec leurs enfants, ni les nettoyeuses dont le foulard – et la sure'xploitation !- ne provoquent guère le scandale, mais celles qui précisément veulent sortir de leur condition d'origine, par des études, un bon métier, un engagement citoyen ou politique. Comme Fatima Zibouh, "l'administratrice voilée d'Ecolo", comme Nuran Topal, la "professeure voilée de Charleroi", encore Mahinur Ozdemir, la "députée voilée du CDH"... puisque c'est ainsi qu'on parle d'elles. La première à raviver les débats , bien malgré elle, a été Fatima Zibouh, désignée par Ecolo pour siéger comme suppléante au CA du Centre de l'Egalité des Chances. Quoi, se sont alors étranglés certains (1), une femme en foulard au coeur même de l'institution chargée de traquer les discriminations de tout poil dont peuvent être victimes diverses catégories de la population... ? Naïvement, je penserais plutôt qu'une femme d'origine immigrée est justement très bien placée pour comprendre comment des discriminations se cumulent et se renforcent pour multiplier les obstacles sur un parcours de vie. En décidant de porter le foulard, elle prend un risque supplémentaire. Bon, elle n'est pas en plus lesbienne et handicapée, mais personne n'est parfait... Personnellement, je ne connaissais pas Fatima Zibouh, contrairement aux signataires d'une Carte blanche qui a défendu ses qualités personnelles. Je ne me prétends pas non plus, comme les signataires d'une autre Carte blanche, connaître chaque détail de sa vie et chacune de ses pensées – et surtout de ses arrière-pensées – sans jamais l'avoir rencontrée. Depuis, j'ai appris à la connaître un peu et j'ai découvert une jeune femme libre, témoignant d'une ouverture d'esprit que j'aimerais bien retrouver chez certain-e-s de mes ami-e-s laïques (2). Paradoxe n°2 : l'affaire de la « professeure voilée de Charleroi ». Je peux comprendre le souci de neutralité qui chipoterait certains parents – bien que, apparemment, il n'y ait pas eu de plaintes et que par ailleurs, je ne crois pas beaucoup à cette sacralisation d'une mythique « neutralité ». Par contre, je m'étonne de l'argument avancé par divers politiques et médias, sans provoquer de réactions : une femme voilée peut donner cours de religion, mais pas de mathématiques. Mahomet, oui, Pythagore, non ? Tu admires Marie Curie ? Va plutôt écouter Tariq Ramadan ! Drôle de façon de lutter contre le communautarisme et de favoriser l'intégration ! Une femme passionnée de science et qu'on renvoie à la religion, voilà qui paraît aussi assez curieux quand on prétend vouloir combattre l' « obscurantisme » !
Parler vraiPar Irène Kaufer :: 04/03/2010 à 12:20
Il y a quelques mois déjà, je relevais la façon dont le langage peut renforcer nos stéréotypes ou déformer des réalités (1). Je note avec satisfaction que depuis, le CRIOC a remplacé le trop fameux « panier de la ménagère » par le « panier de la famille », comme quoi il ne faut pas désespérer. Et en même temps si, il faut désespérer... Car en matière sociale, l'inventivité semble sans bornes quand il s'agit de masquer des décisions révoltantes ! Ainsi, en matière de licenciements, on connaissait déjà l'euphémisme : restructuration, dégraissage, débauchage, congé... Voilà que Carrefour introduit une autre figure de style, l'antiphrase : à écouter les dirigeants du groupe, mettre à la porte des milliers de travailleurs (et surtout de travailleuses), cela s'appelle « sauver des emplois ». S'ils brisent la vie de milliers de personnes et de familles – et croyez bien qu'ils le regrettent ! - c'est pour en sauver des dizaines de milliers d'autres (qui seront moins rémunérés, cela va de soi. Il faut bien partager les sacrifices...) C'est un peu comme si, toutes proportions gardées, Al Qaida prétendait avoir sauvé des millions de vies en lançant des avions contre les tours du World Trade Center... Les mots sont importants, on ne le dira jamais assez. Un ministre à qui on ne peut pas reprocher de manier la langue de bois, c'est Philippe Courard, secrétaire d'Etat PS à l’Intégration sociale et à la Lutte contre la pauvreté. Dans le journal Métro du 1er mars 2010, dénonçant la multiplication des crédits qui favorisent le surendettement, il déclare : « Le crédit doit être réservé à certaines dépenses particulières, une maison, une voiture ou de l'électroménager. Mais le crédit vacances, je l'interdirais ». Jusque là, on peut le suivre : impossible de faire ses courses sans que les commerçants bien intentionnés, surtout dans les magasins faisant partie de grandes chaînes, ne nous proposent la « carte de crédit maison » (avec le "taux de crédit maison", complètement déraisonnable), sans trop se préoccuper des réelles capacités financières des clients. Parfois, ce que le consommateur ignore, les employés sont financièrement récompensés quand ils sont réussi à placer un maximum de cartes. Cela doit être dénoncé et pourquoi pas, interdit. Mais M. Courard va plus loin, en ajoutant : « Vous avez de l'argent, vous partez en vacances, vous n'avez pas d'argent, vous ne partez pas ! » Voilà qui est clairement dit. On cherche en vain une suite, une indignation de socialiste contre une société où, tandis que les uns peuvent s'acheter un yacht tous les ans, pour d'autres, un week-end à la mer relève du rêve inaccessible. Encore un effort, camarades : la prochaine fois, emportés par votre élan, vous nous direz : « Vous avez de l'argent, vous mangez, vous n'avez pas d'argent, vous ne mangez pas ! » Que les « sauvés » de Carrefour se le disent ! (1) http://www.zeblog.com/admin-irenekaufer-412198 "Snelrecht"... ou "snelbeleid ?"Par Irène Kaufer :: 11/02/2010 à 12:58
Une semaine après l'explosion de gaz à Liège, rien ne paraissait plus urgent, d'un point de vue politique, que de rendre obligatoire l'assurance incendie (ce qui d'ailleurs peut paraître raisonnable). Et puis, patatras ! Il aura suffi d'une agression (ratée) contre une agence de change, avec armes et course-poursuite avec la police, pour que le sujet sorte complètement de l'actualité au profit d'une nouvelle urgence : la « tolérance zéro » et le « snelrecht » - terme flamand qui sonne décidément mieux que « justice expéditive ». Et chacun y va de sa proposition dans l'inflation répressive : l'un propose l'abaissement de la majorité pénale à 16 ans, même si cela va à l'encontre de la Déclaration des droits de l'enfant (1) ; d'autres réclament une aggravation des peines contre les agresseurs de policiers. Si demain, un facteur est victime d'un acte violent, sans doute n'y aura-t-il rien de plus urgent que de protéger en priorité les employés de la poste... enfin s'il en reste... Tout comme en France, l'agression d'un couple de personnes âgées a poussé des politiques (et en particulier l'inénarrable Brice Hortefeux) à proposer aussitôt d'aggraver les peines contre les agresseurs de seniors. On pourrait vraiment parler d'un sorte de « snelbeleid » - ou « politique expéditive », surfant sur les faits divers ou faits de société, pour faire plus sérieux. « Gouverner c'est prévoir » est remplacé par « gouverner, c'est réagir au quart de tour au dernier événement médiatisé ». A l'inverse des pompiers, un gouvernement est censé intervenir avant que l'incendie ne se déclare. Et encore les pompiers font-ils de la prévention en inspectant des lieux qui pourraient se révéler dangereux ; ils savent aussi que rien ne sert de s'attaquer aux flammes les plus spectaculaires si on n'atteint pas le foyer principal. Nos gouvernants semblent ignorer ces sages précautions, en se précipitant comme un seul homme (ou presque) sur la flamme qui jaillit le plus haut dans les médias... Peut-être faudra-t-il un accident de la route particulièrement sanglant, avec si possible morts d'enfants, pour qu'on daigne enfin s'apercevoir que l'insécurité routière est un fléau qui ne mérite aucune indulgence, avec ses quelque1000 morts par an (ou plus précisément : 922 en 2008), ce dont aucune Kalachnikov ne peut encore se vanter chez nous... D'ailleurs, selon le Moniteur de la Sécurité, qui n'est pas l'émanation d'une antenne gauchiste mais de la Police fédérale (2), le sentiment d'insécurité est en recul en Belgique. Et devinez quels sont les problèmes jugés les plus pénibles à vivre dans nos quartiers ? En tête vient la conduite automobile : c'est la vitesse excessive qui remporte la palme, devant les cambriolages et la conduite agressive ,en troisième position. Eh oui : la voiture est l'arme la plus redoutée et la plus redoutable. Mais là, il n'est pas question de sévir sans une infinité de précautions : comme l'obligation d'annoncer la présence de radars sur les routes ou même de détailler leurs emplacements dans les médias – comme si l'on annonçait chaque matin, à l'intention des candida ts-voleurs: aujourd'hui, la police patrouillera dans telle rue, de telle à telle heure... Attention : loin de moi l'intention de prétendre que la sécurité est un problème sans importance, ni que le « sentiment d'insécurité » est un pur fantasme, alors même qu'il empoisonne la vie de tant de personnes et les prive d'activités sociales et de participation citoyenne, touchant plus particulièrement encore les femmes et les personnes âgées. La vie dans les quartiers qui comptent leurs 50% de chômeurs est certainement plus difficile que dans les banlieues riantes de BHV, mais il s'agirait alors de s'attaquer sérieusement à la pauvreté et aux inégalités (3), plutôt que de répondre par une multiplication d'IPJJ et de prisons... Il existe dans certains de ces quartiers « difficiles » des associations qui font un travail formidable avec des moyens dérisoires, et parfois sans moyens du tout. Quant à la présence des autorités publiques, elle devrait peut-être s'affirmer par d'autres signes que la simple présence policière, qui ne va pas elle-même sans dérapages, même si ce sujet semble complètement tombé aux oubliettes en ce moment... J'ajoute, au risque de choquer mes amies féministes, qu'il faut avoir une certaine cohérence et que, si on dénonce les dérives possibles de la « tolérance zéro » et l'effet destructeur de la prison, on ne peut soudain les adorer quand il s'agit de lutter contre les violences faites aux femmes. En cette matière comme dans d'autres, il faut réfléchir à la répartition des moyens, privilégier le travail de prévention et d'éducation et, quand le délinquant doit être mis à l'écart de sa victime et de la société, réfléchir sérieusement à des alternatives à la prison, en tout cas telle qu'elle fonctionne - ou ne fonctionne pas, en fait ! - chez nous aujourd'hui. Mais bon : après les 1000km de bouchons provoqués par la neige en ce 10 février, les priorités risquent de changer à nouveau. Et rien ne paraîtra plus urgent que de réorienter les budgets vers l'achat de sel pour le déneigement... (1)Comme l'a rappelé Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant, lors de l'émission Mise au Point du 7/2/2010 (2)Voir http://www.polfed-fedpol.be/pub/veiligheidsMonitor/2008_2009/monitor2008_2009_fr.php (3)Voir par exemple le beau texte de Stéphane Roberti, http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/561430/une-place-pour-tous.html A qui profite l'inné ? (Réflexion sur la "Biologie de l'homosexualité", de J. Balthazart)Par Irène Kaufer :: 05/02/2010 à 17:40
L'homosexualité est-elle acquise ou innée ? Est-ce une fatalité ou un choix – voire même un choix politique, en opposition à la société « hétéropatriarcale », comme on disait dans ma jeunesse ? Est-ce la « faute » aux gènes, aux hormones, au père absent, à la mère envahissante, à un stress prénatal, un traumatisme à la puberté, la lecture précoce de Gide ou de Colette ? La psychanalyse a sa réponse (ou plutôt ses réponses, selon l'époque et l'obédiance de l'auteur...), la biologie a la sienne (ou plutôt les siennes...), et chacun/e cultive probablement sa propre hypothèse préférée... Mais voici que depuis quelques jours, un nouvel ouvrage, signé du professeur Balthazart (1), prétend démontrer, de manière aussi scientifique qu'irréfutable, que l’homosexualité humaine serait le résultat d’une interaction entre facteurs génétiques et hormonaux dans l’embryon. Absolument innée donc, ôtant à l'homosexuel/le, ainsi qu'à ses parents, ou autres personnes importantes croisées dans la vie, toute forme de responsabilité. Donc d'éventuelle culpabilité. Comme le résume sur son blog Luc Roger (2), avec un certain enthousiasme, « cet ouvrage prouve scientifiquement qu’aucun être humain n’est responsable de son orientation sexuelle. Il pourra aussi aider les parents à approcher l’éducation sexuelle familiale d’une manière différente. Il contribuera aussi à aider les personnes gays, lesbiennes ou “trans” à s’assumer. Et faire face à la cruauté du regard de l’autre, la réprobation familiale, l’homophobie religieuse et sociale, etc. » Bien sûr, pas question pour moi de nier ni l'intérêt, ni la qualité du travail du Pr Balthazart, ne serait-ce que parce que je n'ai pas (encore) eu l'occasion de lire son livre. Pourtant, en me plongeant dans les comptes-rendus et interviews, en l'écoutant longuement à la radio (3), je ne peux me défaire d'une certaine perplexité. Ce n'est pas la première fois qu'on croit pouvoir déceler l'homosexualité, qui dans les gènes, qui dans le cerveau, qui dans la longueur des doigts ou le fonctionnement de l'oreille, ou encore dans une allergie particulière à Mgr Léonard. Il m'a toujours semblé que chez les humains, la limite entre l'inné et l'acquis est très mouvante ; l'être humain naît avec une infinité de possibles, et c'est la vie, ses contraintes et ses hasards, qui le poussent dans l'une ou l'autre direction, sans qu'aucun chemin ne lui soit jamais défintivement fermé. Il est certain que la thèse « on naît homosexuel, on ne le devient pas » (c'est le sous-titre explicite du livre) a de quoi me rebuter, alors que ma propre révolution intellectuelle se base sur l'affirmation de la grande Simone (de Beauvoir), « on ne naît pas femme, on le devient ». Mais ceci relève d'une controverse portant sur les convictions, et si la science me démontre que j'ai tort, je suis prête à m'incliner, fût-ce en serrant les dents. Je me méfie beaucoup des thèses CQED, « Ce Qu'on a Envie de Démontrer ». J'ai donc cherché d'autres objections que mes présupposés personnels... La première objection est d'ordre scientifique. Je vous livre cet extrait de l'ouvrage « Cerveau, sexe et idéologie » de Catherine Vidal (4), une neurobiologiste dont les travaux ont beaucoup nourri mes réflexions : « Jusqu’à présent, aucun argument scientifique ne permet de dire que l’homosexualité est due à des causes biologiques, qu’il s’agisse des hormones, du cerveau ou des gènes. Il y a dix ans des chercheurs ont prétendu avoir trouvé un gène de l’homosexualité. Depuis, leur résultat a été complètement démenti, mais le succès médiatique a été tel que cette histoire traîne toujours dans les esprits ». Un succès médiatique qu'on retrouve d'ailleurs aujourd'hui autour des thèses du professeur Balthazart... C. Vidal cite aussi l'exemple d'une étude d'un anatomiste américain, Simon LeVay, parue en 1991 dans la très sérieuse revue Science, portant sur des particularités spécifiques aux cerveaux de gays (les lesbiennes ne faisaient pas partie de l'étude, mais elles n'ont peut-être pas de cerveau du tout...). Etude qui omettait un tout petit détail : les homosexuels dont les cerveaux avaient été observés était tous décédés du Sida, et les « bizarreries » constatées n'étaient que la conséquence de la maladie... Les « découvertes » du professeur LeVay n'ont jamais été confirmées.Certes, Catherine Vidal n'a pas encore pu lire l'ouvrage du Pr. Balthazart, mais je serais curieuse de savoir ce qu'elle en pense (et je compte bien le lui demander). Ceci rejoint ma deuxième objection : J. Balthazart a aussi des « croyances », comme vous et moi, qu'il exprime d'ailleurs honnêtement lorsqu'on l'interroge (5) : il ne croit pas beaucoup au « libre arbitre » mais aussi, il est convaincu que les différences entre hommes et femmes sont tellement innées, qu'une « égalité intégrale n'a aucun sens ». L'allaitement, argumente-t-il, est biologiquement spécifique à la femme, le rapport aux enfants sera donc forcément différent de celui d'un homme. On pourrait lui faire remarquer malicieusement que cette affirmation plaide plutôt contre les gays en matière de parentalité, les variations hormonales qu'ils auraient subi dans le ventre de leur mère n'allant pas jusqu'à leur permettre d'allaiter... Pour étayer sa thèse sur l'impossibilité d'une « égalité intégrale », il cite des expériences montrant qu'à peine nés, les bébés mâles et femelles ont déjà des comportements différents, les filles étant plus senssibles aux visages et les garçons aux objets - ce qui expliquerait que plus tard, les femmes s'intéressent davantage au relationnel et les hommes à la technique... Là, on entend pointer les gros sabots de Mars et Vénus, si vous me suivez. Car Catherine Vidal, encore elle, cite d'autres expériences, où l'on observe plutôt les adultes pour constater qu'ils ont un comportement différent vis-à-vis du même bébé selon qu'ils pensent avoir face à eux un garçon ou une fille, ou encore qu'ils interprètent différemment l'expression du visage, attribuant à l'une de la tristesse, à l'autre de la colère, alors qu'il s'agit de la même photo... Si les bébés se comportent très tôt de manière différente, on peut penser que l'attitude des adultes y est pour beaucoup. Et si J. Balthazart et C. Vidal citent des expériences différentes, c'est aussi lié à leurs croyances et pas seulement à la "science pure". Enfin, ma troisième objection concerne les conséquences de la thèse du professeur Balthazart. Il pense – et à voir les réactions, pas mal d'homosexuels et de personnes gay-friendly vont dans le même sens – que le côté inné, inéluctable et intransformable de l'homosexualité peut constituer une arme puissante contre l'homophobie. Le fait de « naître homosexuel » signifie qu'on n'y peut rien, que les parents n'ont pas failli dans leur éducation et qu'il ne sert à rien de vouloir remettre le « déviant » sur le droit chemin. Mais l'homophobie ne capitulera pas si facilement. Car si elle abandonne la « perversion », elle peut toujours s'accrocher à la « maladie », à l' « anomalie », fût-elle génétique ou hormonale... même si le professeur Balthazart prend bien soin d'éviter ces termes, leur préférant celui de « variation biologique ». N'empêche : la biologie ne « justifie » rien (6), et troquer le rejet contre la pitié (« les pauvres, ils n'y peuvent rien... ») ne me paraît pas un progrès décisif . Ce qui peut « justifier » l'homosexualité, c'est qu'elle existe, que vécue librement, entre adultes consentants, elle permet l'épanouissement personnel, et qu'elle mène à des histoires d'amour aussi belles, aussi déchirantes que toute autre orientation sexuelle et affective. Mais pour ce qui est de l'ouverture aux différences – ce qui n'est pas la même chose que la « tolérance » condescendante - , personne n'a encore trouvé de gène ou d'hormone ; cela reste de la responsabilité individuelle et collective. La science dit, puis la science contredit ; écoutons-le avec ouverture et esprit critique, en nous rappelant que ce qui semble évident aujourd'hui sera peut-être remis en question demain. Et pour ce qui est de nos vies, laissez-moi penser que la partie la plus excitante, la plus riche, c'est justement celle que nous avons pu choisir et dont nous assumons la responsabilité.
Les maisons s'écroulent, les stéréotypes résistentPar Irène Kaufer :: 20/01/2010 à 11:26
A suivre les médias d'un oeil distrait, sans chercher à creuser plus loin, voici la situation : Haïti, l'un des pays les pauvres de la planète, a été frappé par un séisme de grande ampleur. La communauté internationale, gouvernements, institutions et société dite civile mêlés, se précipite à son secours, avec pour seul souci de sauver des vies tout en préservant l'ordre indispensable à ce sauvetage. Quant aux Haïtiens, décidément dépourvus de tout, et surtout de bonnes manières, ils pillent les réserves de nourriture et se battent pour un peu d'eau, même pas potable... Nous, les civilisés, faisons assaut de générosité : les uns proposent d'effacer la dette du pays (mais attention, seulement de celui-là, faut pas que d'autres en profitent avant de subir leur propre catastrophe, non mais !!!), les autres de suspendre les expulsions de Haïtiens (mais pour un temps limité, faut pas abuser), tandis qu'émissions spéciales ou shows caritatifs se multiplient – parfois jusqu'à l'indécence, comme cette exhibition de tennis où l'on voyait des vedettes millionnaires faire les clowns sur les courts de Sydney et le public se bidonner pendant que les « bénéficiaires » de l'opération ramassaient leurs morts. Bon, tant qu'à jouer sur les émotions, j'ai déjà un malaise quand on nous montre les pillards, ces « sauvages » : si je crevais de faim et de soif, si je voyais mes proches agoniser, je ne suis pas sûre que je me contenterais de faire la file à la caisse du Delhaize en attendant l'aide internationale, qui arrivera dès qu'elle aura fini de bombarder l'Afghanistan. Mais si l'on passe dans le domaine de la rationalité, on devrait se poser d'autres questions : pourquoi tant de dégâts, tant de victimes ? « Malédiction » plus ou moins divine ou pauvreté, conséquence de politiques très humaines ? Comment cette nation , qui fut la première à se libérer de l'esclavage, en est-elle arrivée à ce point de misère et de désorganisation ? Comment se fait-il que sur la même île, de l'autre côté d'une frontière somme toute articifielle, la République dominicaine soit devenue un paradis pour touristes (mais pas pour ses habitants) vanté par les catalogues de vacances all in ? Comment peut-on à la fois clamer son indignation et sa solidarité au nom d'un pays – la France – qui vénère un escalavagiste comme Napoléon et qui a fait mourir le héros national haïtien, Toussaint-Louverture, avant de ruiner le pays - en 1825 déjà ! - en exigeant, pour reconnaître son indépendance, le paiement d'une somme insensée (l'équivalent de 21 milliards de dollars actuels) ? (1) Et comment oublier l'indifférence, sinon la complicité des « sauveteurs » d'aujourd'hui durant les 30 longues années de la dictature des Duvalier ? Les Etats-Unis étant sans doute trop occupés à guerroyer au Vietnam ou à renverser des gouvernements parfaitement légitimes, eux, comme celui d'Allende au Chili... Tandis que la France, encore elle, accueillait généreusement le fiston Duvalier et son immense fortune, volée à son peuple. C'était en 1986, et HaÎti n'en a plus fini de s'enfoncer dans un malheur qui n'a rien d'une fatalité. Voilà quelques questions qu'on aimerait voir abordées dans les émission spéciales qui se préparent (2) tant que ce maheureux – et surtout maltraité – pays reste sous les feux de l'actualité, avant qu'une autre catastrophe ou une autre facétie de Michel Daerden ou de Bart De Wever ne le chasse de nos « unes ». En marge de cette catastrophe, il est intéressant de constater à quel point l'information se coule facilement dans le moule des idées reçues. Que voyons-nous, en effet ? Des Noirs qui souffrent, pleurent , prient et se battent entre eux ; des Blancs qui volent à leur secours et maintiennent un semblant d'ordre. On peut aussi analyser la façon dont sont utilisées les images d'un point de vue de genre : les victimes sont presque invariablement des femmes - ou des enfants, mais on sait que dans l'inconscient collectif sexiste, c'est à peu près pareil : des êtres dépendants à protéger - tandis que les hommes apparaissent en sauveurs (3). Quand la terre tremble, les maisons s'effondrent mais les stéréotypes, eux, résistent à toutes les secousses.
Femmes et poireauxPar Irène Kaufer :: 14/01/2010 à 12:01
Prenez un avancée scientifique qui ne prête guère à contestation : l'échographie. Une possibilité de voir à l'intérieur des corps sans devoir le charcuter et notamment, une façon de surveiller le déroulement des grossesses en protégeant mieux la mère comme l'enfant. Prenez une autre avancée, dans les libertés des femmes celle-là, le droit de décider de ne pas mener une grossesse à son terme, sans devoir se justifier : l'avortement. Bon, d'accord, le pape n'est pas franchement enthousiaste, mais entre gens de bonne compagnie, on ne peut que se féliciter de ce droit. Prenez enfin un mesure politique, certes moins sympathique mais néanmoins raisonnable : l'enfant unique. Le slogan « mon ventre m'appartient » en prend un coup car là, le ventre appartient surtout à l'Etat. Mais on peut penser que cette politique, aussi frustrante soit-elle, a contribué à sortir une partie de la Chine de l'extrême pauvreté. Et à proposer aux femmes un autre rôle que celui de poules pondeuses (pardon pour les mères de famille nombreuse...). Mettez ces trois mesures ensemble : et c'est la catastrophe. Voilà ce qu'on peut lire sur le site de la RTBF du 11 janvier (1) : le déséquilibre entre hommes et femmes s'accroît dramatiquement en Chine, avec pour conséquence que « plus de 24 millions d'hommes chinois pourraient ne pas pouvoir trouver de compagnes en 2020 » Notons que le problème est vu, comme d'habitude, du point de vue des hommes, alors qu'il s'agit tout de même surtout d'une élimination sélective des filles... En Chine, en effet, plus encore qu'ailleurs en Asie, l'avortement sélectif des foetus femelles est la conséquence d'une organisation sociale où la fille en se mariant quitte le foyer, tandis que le garçon, lui, reste dans la famille et pourra s'occuper de ses vieux parents. Dans des pays où la protection sociale est quasi inexistente, le calcul est vite fait : si on ne peut qu'élever qu'un enfant, mieux vaut que ce soit un garçon. Sans analyse de genre et en se basant seulement sur les lois du marché, on pourrait penser, un peu cyniquement, que cette diminution de l'offre, liée à une demande stationnaire, pourrait conduire à valoriser l'objet du désir ; et puisqu'on n'est tout de même pas tout à fait dans le domaine des marchandises, rendre les hommes plus attentionnés, soucieux de « mériter » l'une de ces femmes devenues rares... Mais nous ne sommes pas dans une société égalitaire, et la conséquence de cette pénurie, c'est une augmentation des violences : « La difficulté à trouver des épouses dans certaines régions conduit déjà à des enlèvements de femmes, y compris dans des pays limitrophes étrangers, des mariages forcés et de la prostitution forcée ». Osons un parallèle audacieux : en cette période où l'hiver frappe durement, la presse nous annonce que l'offre de légumes de saison est en baisse, pour cause de gel, alors que la demande est en hausse. Conséquence : les prix s'envolent. Ceux qui le peuvent paient plus cher et les autres sont bien obligés de manger autre chose. Mais qu'on sache, les vols de poireaux ou les attaques contre les choux de Bruxelles n'ont pas notoirement augmenté. Certes, les femmes ne sont pas des légumes. On en viendrait presque à le regretter... (1) http://www.rtbf.be/info/economie/chine-24-millions-de-plus-dhommes-que-de-femmes-en-2020-176616 Mon dernier coup de gueule de la décennie !Par Irène Kaufer :: 27/12/2009 à 15:08
Ce dimanche 27 décembre, entre Noël et Nouvel An – cette fête éminemment juive correspondant à la circoncision de Jésus – je rangeais paisiblement les papiers et extraits de journaux accumulés durant la dernière décennie, en écoutant d'une oreille distraite le débat annuel de Controverse (RTL) consacré aux religions. Bon, en réalité, peu me chaut de savoir s'il y a effectivement 70 vierges qui attendent les bienheureux au paradis – j'espère juste qu'il n'y aura pas 70 beaufs machos attendant les femmes qui, comme moi, comptent bien se retrouve en enfer ; mais c'est toujours l'occasion de s'instruire sur les mythes de l'humanité et d'entendre une belle brochette de choses surprenantes, comme Mister Léonard (je refuse de l'appeler Monseigneur) affirmant avec aplomb que l'éducation des filles, eh bien, c'était grâce aux chrétiens. Encore un effort, et il revendiquera la paternité de l'écologie et plus tard, qui sait, de la contraception. Bien que plongée dans mes papiers, je n'ai pu que remarquer que cette discussion ô combien élevée, brassant l'ensemble des questions essentielles d'aujourd'hui – depuis les vierges déjà citées jusqu'à l'échec de la conférence de Copenhague en passant par les charmes de la vie éternelle – réunissait, comme c'est trop souvent le cas, uniquement des représentants de la gente masculine. Même Mister Léonard en faisait la remarque, maniant avec art l'euphémisme jésuitique, pour remarquer qu'il « y avait peu de femmes sur le plateau ». En voilà un qui sait compter : zéro c'est peu, en effet. Et je vous passe quelques plaisanteries viriles où les non croyants se défendaient plutôt bien (c'est-à-dire mal, ou mâle, je ne sais pas si vous me suivez...) C'est d'autant plus insupportable que l'année a été riche en débats sur notre merveilleuse mixité, dont la perfection ne serait plus menacée que par quelques barbus d'origine indéterminée et quelques foulards foulant notre espace public. Laissant là ma pile de papiers, je me suis précipitée vers mon ordinateur pour lâcher, sans plus de précautions, mon dernier coup de gueule de l'année, et même de la décennie : ras-le-bol, oui, par-dessus les oreilles de ce monde fait par les hommes, pour les hommes, où les femmes n'apparaissent que comme prétexte à combats de coqs, à celui qui sera le plus égalitaire en paroles, surtout s'il s'agit de justifier l'exclusion d'un autre. Suivez mon regard : ben oui, je l'avoue, j'aurais préféré mille fois voir sur ce plateau une femme voilée que cet espèce de cénacle mâle, une dernière Cène télévisée où l'on manie les grands concepts de fraternité... ben tiens ! Et ta soeur ! Alors, on peut ergoter sur la pertinence de ma rogne, étant donné l'importance de ce genre de débats ou la place de RTL dans la libération des femmes... Il se fait que, sur des sujets autrements sérieux, les droits des femmes sont allègrement rejetés au second plan, sinon aux oubliettes, et c'est tout sauf une coïncidence. Je n'en prendrai pour exemple que la réforme de l'assurance santé d'Obama, qui pourra sans doute passer (dans une version très édulcorée d'ailleurs...) sur le dos, ou plutôt le ventre des femmes, en échange de l'interdiction du remboursement de l'IVG sur des fonds publics. Vous avez entendu beaucoup d'échos à ce sujet ? Pourtant, les associations américaines se mobilisent en masse... Mais après tout, cela ne concerne « que » les femmes.... Allez, je retourne à ma pile de papiers en regardant au JT des images des manifestations en Iran, où les femmes sont au premier rang. Parce qu'on peut vous le dire en secret, messieurs : les femmes sont souvent aux premiers rangs des luttes, avant qu'on les renvoie à la cuisine. On peut toujours espérer que la prochaine décennie leur sera plus souriante. Mesdames et chères amies, cela dépend aussi de nous... |
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