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Irène Kaufer

Irène Kaufer Féministe, syndicaliste, résolument à gauche, elle pose son regard et sa langue acérés sur l'actualité, et de préférence les sujets orphelins.

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Voyage en Palestine : Réfugié/e/s pour la vie

Par Irène Kaufer :: 14/11/2011 à 17:15

Du 28 octobre au 4 novembre, j'ai participé à un voyage en Palestine. Savoir est une chose, voir, entendre, sentir en est une autre. Durant les semaines qui viennent, mon blog tentera de transmettre ce que j'ai vécu. Je ne prétends pas à une quelconque objectivité, ni à apporter des réponses sur une réalité d'une grande complexité. Rien de plus qu'un témoignage d'une personne particulière, à un moment particulier.

2. Réfugié/e/s pour la vie (Dheisheh, Aïda, Jénine)

Au-dessus du portique d'entrée du camp de Aïda, on aperçoit le symbole même du destin palestinien : une clé géante. Beaucoup de réfugiés ont gardé la seule chose qui leur reste des maisons dont ils ont été chassés, cette clé dérisoire qui n'ouvre plus aucune porte. Car la maison est désormais habitée par d'autres, à moins qu'elle ait détruite, remplacée par un immeuble moderne ; mais tout l'espoir palestinien semble tenir dans cette clé.

Nous avons visité trois de ces camps de réfugiés, dont deux aux portes de Bethléem. En période calme, ils ne se distinguent guère de leur environnement. Mais dès que la tension monte, Israël peut les boucler, multiplier les incursions, imposer le couvre-feu, couper l'eau, organiser fouilles et contrôles... Si l'entrée du camp de Dheisheh en car ne nous pose aucun problème, nous découvrons vite qu'il n'en est pas toujours ainsi : on peut encore voir le tourniquet qui était le seul accès d'entrée ou de sortie lors de la deuxième Intifada. Si l'on rentrait après l'heure du couvre-feu, on restait dehors et le lendemain, en rentrant, il fallait se justifier.

En 1952, lors de l'établissement du camp par l'ONU, 4 300 réfugiés ont trouvé ici un abri sous tente. Aujourd'hui, les maisons sont en dur ; 13 000 personnes s'entassent sur moins d'un km². Comme le camp ne peut s'étendre horizontalement, il pousse en hauteur. Bien sûr, certains habitants pourraient quitter le camp, aller s'installer ailleurs. Mais cela reviendrait à perdre son statut de réfugié, donc l'aide de l'UNWRA (l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens) qui assure les soins de santé, l’éducation et la fourniture de denrées de base ; cela signifierait aussi, symboliquement, renoncer à cet espoir de rentrer un jour « chez soi ». 

Vivre des aides de  l'ONU n'est pas vraiment un choix. Les emplois sont rares et le Mur n'a rien arrangé : il devient plus difficile d'aller travailler en Israël. Aussi, parfois, n'importe quel travail est bon à prendre : le Mur lui-même a été construit par... des ouvriers palestiniens. C'était ça ou ne pas avoir de quoi nourrir sa famille. On imagine l'humiliation de devoir collaborer ainsi à son propre enfermement.

A Dheisheh, on s'oriente pas « quartiers », correspondant aux villages d'origine dont les réfugiés ont été chassés en 1948, lors de la création de l'Etat d'Israël. Lors de leurs incursions, les soldats israéliens se perdaient dans les ruelles tortueuses : aussi ils ont « baptisé » les rues, par des noms inscrits à même les murs. Effacer l'un de ces noms valait six mois de prison. Dheisheh a la réputation d'être un camp d'activistes, et un grand nombre de ses habitants ont connu ou connaissent encore les prisons israéliennes. Lors de la récente libération de prisonniers palestiniens en échange du soldat israélien Gilad Shalit, quatre habitants de Dheisheh ont retrouvé la liberté, mais trois d'entre eux n'ont pas eu le droit de revenir chez eux. Ils ont été exilés à Gaza.

Au Nord de la Palestine, le camp de Jenine est entré dans l'histoire pour la répression brutale qu'il a subi lors de l'opération « Rempart » en 2002. Tout était détruit, ravagé. Aujourd'hui les rues sont reconstruites, grâce à l'aide des Emirats arabes ; elles ont été élargies, sur ordre d'Israël, pour laisser le passage aux tanks. Comme souvent lors de nos déplacements, nous sommes entourés d'enfants – des garçons surtout – dont certains demandent de l'argent, d'autres essaient de nous vendre quelque chose ou veulent simplement se faire prendre en photo. Quelques-uns, bien que rares, sont menaçants. Il est arrivé deux ou trois fois que des gamins, très jeunes, nous lancent des cailloux : des adultes intervenaient aussitôt. On peut penser – et certains membres du groupe l'ont ressenti ainsi - qu'un tel voyage a un côté « voyeur » : mais beaucoup de Palestiniens nous souhaitaient la bienvenue, nous offraient du café et insistaient sur leur demande pour qu'on vienne les voir, les écouter, pour témoigner ensuite. Surtout ne pas les oublier.

Les traces de la guerre et de la répression sont omniprésentes, avec les photos ou des dessins des morts et des prisonniers à chaque coin de rue. A Jenine, notre guide nous arrête devant la maison d'un « martyr » : cet habitant a, paraît-il, réussi à attirer 13 soldats israéliens avant de se faire sauter avec eux. Sans avoir ni sympathie ni indulgence pour les martyrologies de tout poil – qui ne peuvent qu'accoucher d'un peu plus de haine et de violence – on est pourtant saisie par cette sorte de fierté désespérée qui nous dit : ici, on ne s'est pas laissé faire. Il faut cependant remarquer que parmi les nombreuses peintures et dessins (pour les textes, je n'en sais rien, ne pouvant lire l'arabe), j'ai perçu très peu de haine, justement. Des messages de paix, de l'espoir, de l'humour parfois , oui; et aussi une détermination sans faille. Ainsi cette fresque d'un homme qui écrit sur un mur : « La Palestine est mon pays ». On lui lie les mains. Ne pouvant plus écrire, il crie : « La Palestine est mon pays ». On lui colle un sparadrap sur la bouche. Sur le dessin suivant, il ne peut plus que penser : « La Palestine est mon pays ». C'est déjà trop : il est tué. Aussitôt un autre prend sa place...

Dans les camps comme sur le Mur, c'est tout une histoire qui s'écrit. Mais dans ces camps de réfugiés, la culture, et notamment le théâtre, jouent un rôle essentiel pour permettre aux habitants, et surtout aux plus jeunes, de tenir debout. Ce sera l'objet d'un prochain article, mais déjà, j'insiste sur la volonté des animateurs/trices, maintes fois répétée, d'impliquer aussi les filles. Ainsi à Aïda, elles font de la danse, du théâtre, de la broderie... mais elles ont constitué aussi une équipe de foot.

 

(A suivre)

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