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Irène Kaufer

Irène Kaufer Féministe, syndicaliste, résolument à gauche, elle pose son regard et sa langue acérés sur l'actualité, et de préférence les sujets orphelins.

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Voyage en Palestine: La culture comme résistance

Par Irène Kaufer :: 18/11/2011 à 19:33

Du 28 octobre au 4 novembre, j'ai participé à un voyage en Palestine. Savoir est une chose, voir, entendre, sentir en est une autre. Durant les semaines qui viennent, mon blog tentera de transmettre ce que j'ai vécu. Je ne prétends pas à une quelconque objectivité, ni à apporter des réponses sur une réalité d'une grande complexité. Rien de plus qu'un témoignage d'une personne particulière, à un moment particulier.

3. La culture comme résistance (Aïda, Jenine)

« Demain sera meilleur qu'aujourd'hui ». Debout devant un drapeau palestinien, Abdelfattah Abusrour revient sans cesse à sa phrase fétiche, comme le refrein d'une chanson. Ce qui pourrait passer pour de l'auto-persuasion, s'il se contentait de le répéter, est pour lui une ambition : demain sera meilleur parce que tout est fait pour qu'il en soit ainsi.

Nous sommes dans le centre culturel Al Rowwad (« Les pionniers ») du camp de réfugiés de Aïda (1). Son coordinateur a fait ses études en France, mais une fois son diplôme obtenu, il est revenu ici, comme c'est le cas de nombreux interlocuteurs rencontrés au cours de ce voyage. Il a abandonné la biologie pour le théâtre car pour lui, la culture est une forme de résistance. Sa fierté : qu'aucun des jeunes qui ont participé à l'un des programmes du centre n'ait été tué.

Entre deux tirades de Cyrano de Bergerac, il nous montre un film nous qui retrace l'histoire et les activités de son projet : les ateliers de danse, de photo, de vidéo – où les filles sont présentes à côté des garçons ; l'équipe de foot féminine aussi, à côté des activités de broderie (et là, pas de garçons, mais il n'en va pas autrement chez nous...)

Ensuite, nous avons droit à un court spectacle de danse présenté par un groupe de garçons et de filles - l'une voilée, les autres pas. Autant que le spectacle lui-même, ce qui fait plaisir à voir, ce sont les visages de ces jeunes, dont la vie ne doit pas être drôle tous les jours : concentrés, sereins, souriants, heureux. Certains ont déjà eu l'occasion d'aller se produire en Europe : on imagine ce que cela peut représenter pour des jeunes qui n'ont pas le droit de se rendre à Jérusalem, pourtant tout proche, ni de retourner dans le village dont leurs parents sont orginaires. Oui, Abdelfattah Abusrour a raison : demain ne peut être que meilleur.

Autre camp, autre projet, le Freedom Theatre de Jenine. Fondé par une militante israélienne, Arna Mer-Khamis, il a été repris par son fils Juliano. En avril 2011, alors qu'il sortait de son théâtre, Juliano a été abattu en pleine rue. Jusqu'à aujourd'hui on ne connaît pas ses assassins et selon sa collaboratrice Rawand Arqawi, ni les Israéliens, ni les Palestiniens n'ont vraiment envie de savoir la vérité.

Dans un contexte de peurs, de traumatismes - rappelons-le, Jenine fut en 2002 victime d'une répression très dure de la part des Israéliens - le Freedom Theatre veut offrir aux jeunes « un espace où ils peuvent s'exprimer, explorer leur créativité et leurs émotions par le biais de l'art ». Les spectacles préparés ici sont ambitieux : on peut voir des extraits de "En attendant Godot" (2). Là encore, un film retrace l'histoire du projet et les activités. On y entend un jeune garçon affirmer : « Moi, je rêvais d'être martyr. Aujourd'hui je veux être acteur et mourir de mort naturelle ». Une jeune fille : « Ici, les filles passent de la maison du père à la cuisine du mari. Je serai une actrice célèbre. Je ne finirai pas dans la cuisine ! » Toutes et tous ne seront peut-être pas célèbres, mais ils ne finiront probablement ni en martyr, ni dans la cuisine du mari.

Tout le monde ne voit pas d'un bon oeil ces activités, et notamment la mixité. Des parents ont tenté de s'opposer à ce que leur fille fréquente le théâtre. Il y a eu des pressions, que Rawand évoque discrètement. Mais le théâtre n'a pas cédé et le projet continue de se développer, malgré la disparition de Juliano. Car la culture n'est pas seulement une forme de résistance à l'occupation israélienne, elle permet aussi d'affronter sa propre société, ses tabous, ses pesanteurs et ses injustices.


(1) Plus d'infos sur Al Rowwad : http://www.amis-alrowwad.org/spip.php?rubrique5


(2) Plus d'infos sur le Freedom Theatre : http://www.thefreedomtheatre.org/


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