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Irène Kaufer

Irène Kaufer Féministe, syndicaliste, résolument à gauche, elle pose son regard et sa langue acérés sur l'actualité, et de préférence les sujets orphelins.

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Voyage en Palestine : moins d'aide, davantage de soutien !

Par Irène Kaufer :: 15/12/2011 à 11:11

Du 28 octobre au 4 novembre, j'ai participé à un voyage en Palestine. Savoir est une chose, voir, entendre, sentir en est une autre. Durant les semaines qui viennent, mon blog tentera de transmettre ce que j'ai vécu. Je ne prétends pas à une quelconque objectivité, ni à apporter des réponses sur une réalité d'une grande complexité. Rien de plus qu'un témoignage d'une personne particulière, à un moment particulier.

 

5. En guise de conclusion...

Me voici arrivée au bout de ce reportage. Avant de quitter la Palestine – momentanément sans doute – j'aimerais encore terminer par quelques remarques.

D'abord, bien sûr, en évoquant ce qui m'a frappée en tant que militante féministe, attentive à la situation et aux luttes des femmes.

Le premier constat, évident dès le premier jour et présent tout au long du voyage, est l'omniprésence du foulard. Mais le deuxième constat, c'est... l'absence de pertinence du premier constat.

Sans être obsédée par l'importance du port ou non du foulard comme le sont certaines féministes (et certains qui ne se découvrent féministes que sur ce sujet...), j'ai été assez intriguée pour interroger nos interlocutrices, en foulard ou non, palestiniennes ou étrangères. Et très vite, je me suis rendu compte à quel point cette question leur paraissait sans intérêt. Le poids des conservatismes, oui ; les problèmes de mixité dans les activités culturelles et scolaires, oui ; la violence contre les femmes, oui, on pouvait en parler. Mais sur le port du du foulard, non, il n'y avait pas grand chose à dire. A Qalqilya, l'une de nos guides marchait les cheveux au vent ; des membres du groupe qui l'avaient rencontrée il y a six mois nous ont dit qu'à l'époque elle était voilée. Dans le camp de réfugiés de Deisheh, le spectacle de danse qui nous a été offert réunissait garçons et filles, une mixité (y compris dans les contacts physiques) apparemment sans rapport avec le fait de se couvrir ou non les cheveux...

Ce foulard, il saute aux yeux aussi à l'Université de BirZeit, surplombant Ramallah : une majorité de filles, la plupart portant un foulard souvent coloré et élégant. C'est moi, avec ma casquette pour me protéger du soleil, qui me sentais quelque peu déplacée sinon grotesque...

Mais ce qui frappe aussi, à BirZeit, c'est la séparation entre garçons et filles. Nous sommes arrivés à midi, les jeunes étaient dehors, en train de manger, de discuter, de rire. Impression saisissante : c'est comme s'il y avait des bancs, des pans de murs et des bouts de pelsouse marqués « filles » et d'autres marqués « garçons ». Pourtant, interrogée là-dessus, l'étudiante qui nous guide semble sincèrement étonnée et nous dit que non, il n'existe pas de séparation, seulement des affinités personnelles. Là, l'aveuglement est flagrant.

D'autant plus étrange que l'exposition en cours dans le centre culturel de l'Université est consacrée, précisément, à l'image des femmes palestiniennes dans l'art. On peut y voir, par exemple, une artiste qui s'est photographiée avec et sans voile : étrange effet. Un portrait de Leila Khaled, la première femme impliquée dans un détournement d'avion en 1976 - et l'une des rares, aussi, dont on retrouve le portrait parmi les héros et martyrs sur les murs des villes - portrait réalisé à l'aide de tubes de rouge à lèvres. Ou encore, la photo saisissante de la « Pénélope palestinienne » : une femme qui tricote au milieu des ruines d'une maison.

A Hébron, notre guide a évoqué rapidement les violences faites aux femmes – dans une société sans cesse soumise aux violences, il est hélas prévisible que les femmes (et les enfants) trinquent encore plus que dans nos sociétés apaisées.

Ce qui suggère le parallèle avec la société israélienne qui elle aussi, vit dans la familiarité, sinon le culte, d'une certaine violence. Dans le cadre de l'opération « Breaking the silence » (1), la militante féministe Shir Givoni de l'association New Profile (2) a présenté les effets, très parlants eux aussi, de la militarisation sur la société civile. Par exemple, ce manuel scolaire pour apprendre à compter... avec des chars, des drapeaux et des avions de combat. Ou cette publicité pour des pâtisseries qui exaltent le rôle de la mère accueillant le retour de son fils combattant. En Israël, filles et garçons font leur service militaire ; mais derrière ces apparences égalitaires – l'égalité par la violence, est-ce vraiment l'égalité ?- il y a la différence des fonctions – les femmes apportant le côté « domestique » dans les bases militaires – et les violences tues, comme le harcèlement sexuel à l'armée. Les images de propagande exaltant les joies de l'armée, destinées aux jeunes hommes, n'hésitent pas d'ailleurs à suggérer le parallèle entre puissance militaire et puissance sexuelle, les femmes n'étant pas plus valorisées que les chars (et même plutôt moins).

Retour sur la Palestine. Retour vers l'Europe, qui finance l'autorité palestinienne tout en restant si frileuse quand il s'agit de reconnaître un peuple, un Etat. Ce qui rejoint une impression générale de ce voyage : on a vu des intiatives co-financées en matière culturelle, des routes « offertes par le peuple américain », toutes sortes de projets, petits et grands, qui bénéficient de l'aide d'ONG occidentales. Et l'on se dit que ce peuple volontaire, déterminé, aurait moins besoin d'être aidé s'il était davantage soutenu.


(1) www.breakingthesilence.org.il

(2) www.newprofile.org


 

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