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Irène Kaufer

Irène Kaufer Féministe, syndicaliste, résolument à gauche, elle pose son regard et sa langue acérés sur l'actualité, et de préférence les sujets orphelins.

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Descenseur social

Par Irène Kaufer :: 22/12/2011 à 13:05

En ce jour de grève des services publics en Belgique, voici ma contribution à la "compréhension" de la colère populaire. Puisqu'il paraît qie certain/e/s ne "comprennent pas"... et que la radio nationale "s'excuse" de perturber les "habitudes d'écoute" des auditeurs au lieu de revediquer fièrement sa solidarité !

Et l'argument anti-grévistes qui me paraît le plus insupportable : « Pourquoi ils font grève ? Ils ne sont même pas personnellement concernés ! » Alors quoi : vive l'égoïsme le plus obtus ? Que ça concerne nos enfants, nos ami/e/s, nos voisin/e/s, nos camarades ou simplement d'autres humains, il faudrait s'en taper ??

Voici donc le premier volet de ma saga : "L'effet papilllon pour les nuls"

On le savait en panne, le nouveau gouvernement vient de le décoincer : l'ascenseur social est de nouveau en marche. Sauf qu'il est quasi vide à la montée tandis que lors de la descente, il déborde comme le métro à l'heure de pointe (hors jours de grève). On s'y entasse, on s'y bouscule, on se marche sur les pieds, on tente de descendre avant le niveau de la cave, tandis que d'autres poussent pour entrer.... Le gouvernement papillon vient d'inventer le « descenseur social ».

Comment ça marche, un descenseur social ? C'est simple.

On commence par le niveau supérieur, les plus vieux. Ceux qui s'imaginent qu'ils vont pouvoir faire la grasse matinée, s'occuper de leurs petits-enfants, s'impliquer dans un engagement social ou prendre du temps pour eux-mêmes – et cela avec l'esprit libre, sans pression, c'est ça le pire ! Non mais, sans blague ! Au boulot les vieux ! Il n'y a pas de boulot ? Eh bien, cherchez-en, ça fait un boulot en soi ! En tout cas ça occupe et ça empêche de rêvasser.

Parce que les employeurs, vous croyez que ces nouvelles règles vont les convaincre de cesser de virer les plus âgés, à la fois plus lents et plus chers (et moins naïfs et corvéables aussi) ? Elles sont où, les obligations de les garder ou mieux encore, de les engager ? Ah oui, les plus âgés seront désormais, comme les jeunes, contrôlés et sanctionnés... pardon, « accompagnés », « conseillés », « aidés ».... Eh bien, je vais vous dire : expliquer à une personne de plus de 55 ans (je sais de quoi je parle, je vais vers mes 62...) comment faire un CV, comment se présenter à un employeur, avec quelle coupe de cheveux et quels mots, je trouve ça humiliant. Et devoir se présenter pour des boulots où on va vous rire au nez (car même si les discriminations sur base de l'âge sont interdites, on sait ce qu'il en est dans la vraie vie), ça redouble l'humiliation.

Il ne s'agit donc pas de « travailler plus longtemps » mais de « chômer plus longtemps ». Sans gain réel pour les finances publiques en ce qui concerne les prépensions : le complément au chômage étant versé par les entreprises (1). Ce sont elles qui vont y gagner et ça leur coûtera encore moins cher de se débarrasser des vieux. Pour les travailleur/se/s par contre, outre la perte de revenus, il y a une grosse différence de statut : prépensionné/e on est tranquille, chômeur il faut prouver qu'on reste « disponible sur le marché de l'emploi » même si ce marché ne vous traite pas mieux qu'un légume pourri.

Nous voilà donc à l'étage « chômage ». Mais là aussi, c'est plein : donc pour pouvoir le remplir, il faut d'abord le vider. Comment ? En diminuant les allocations des chômeurs, pardi (2). En les excluant en masse (3). Et voilà le descenseur un étage plus bas encore...

Arrivons au rez-de-chaussée : le CPAS. Tous ceux qui n'ont plus droit à aucun revenu, ou ceux qui ont des revenus trop bas pour se loger, se nourrri, se chauffer, se soigner – rien que des exigences de luxe, on le voit ! Et parmi eux (et surtout elles), il y en a même qui travaillent, des précaires, des temps partiels...

Pourtant, le descenseur n'a pas terminé sa course ! Car devant l'explosion de la demande, les CPAS craignent à leur tour l'étranglement, souffrant d'un sous-financement qui ne peut que s'aggraver (4). Le descenseur risque donc de se remplir à nouveau et de poursuivre sa descente infernale. Et pour tous ceux et celles qui atterriront à la cave – et là encore, il y a sans doute plusieurs niveaux : les caves habitables au-dessus, les égoûts tout en bas.... - quelles possibilités ? Braquer une banque ? Mourir de froid à la rue ? Prendre sa carte de fidélité au Resto du Coeur ? Ah oui, ça c'est un secteur auquel on peut promettre un avenir radieux : les Restos du Coeur ! Et les plus valides des virés-de-partout pourront même y devenir bénévoles !

Dans quelque temps, parions qu'on verra de grandes opérations larmoyantes pour venir en aide aux miséreux qu'on aura fabriqués. On entendra même des membres de la majorité gouvernementale s'alarmer de la montée de la pauvreté, surtout celle des enfants – ah oui, la pauvreté des enfants, ça arrache des larmes, comme si ça n'avait aucun rapport avec celle des parents et en particulier, des mères ! Une pauvreté que les mesures actuelles auront bien contribué à aggraver...

Et au fait, rappelons que le Parti dit "Socialiste" (et mêmes les deux, au nord comme au sud) fait non seulement partie de cette majorité, mais qu'il en a pris la direction avec le poste de premier ministre... Hé ho, les amis, qu'est-ce que vous foutez là-dedans ? Ah oui, on connaît l'argument : sans les socialistes, ce serait pire. Et c'est vrai. Sans eux, ce ne serait pas le descenseur social, mais quelque chose qui ressemblerait davantage au saut en parachute dsans parachute. Le résultat étant hélas semblable, au bout du compte...

Décidément, ce gouvernement « papillon » porte vraiment mal son nom : car le papillon évoque l'envol alors qu'ici, il n'est question de se s'écraser en sous-sol.


Dans mon prochain texte, j'aborderai la question du descenseur, compartiment femmes.


  1. En tout cas pour ce qui concerne le secteur privé, comme me l'a fort judicieusement fait remarquer une lectrice

  2. Voir http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/708309/l-allocation-en-chute-libre.html

  3. La FGTB estime que les nouvelles règles d'indemnisation devraient amener dès 2012 quelque 24 000 exclusions du chômage

  4. Voir http://blog.lesoir.be/alterechos/2011/12/16/lavenir-peu-enviable-des-cpas-wallons/

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