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Irène Kaufer

Irène Kaufer Féministe, syndicaliste, résolument à gauche, elle pose son regard et sa langue acérés sur l'actualité, et de préférence les sujets orphelins.

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"Mais un jour la terre s'ouvre..." (Anne Sylvestre)

Par Irène Kaufer :: 07/03/2012 à 18:48

Ce texte est écrit pour ce 8 mars 2012. Il me permet aussi d'annoncer que désormais, je m'exprimerai sur mon propre site : www.irenekaufer.be

Je vous invite à m'y rendre visite, à me laisser vos commentaires, vos remarques, à découvrir aussi d'autres textes, chansons, articles pour des revues, humeurs... Il s'étoffera peu à peu mais voilà : pour le 8 mars, c'est le cadeau que je veux partager avec vous !

 

 

Chaque année c'est pareil.

A l'approche du 8 mars, les médias font mine de découvrir ce que les féministes ne cessent de crier dans le désert : les inégalités salariales, la précarité majoritairement féminine, le plafond de verre et le plancher collant, les violences impunies, les menaces contre le droit de choisir sa vie, sa sexualité, le partage déséquilibré des responsabilités familiales et des tâches ménagères... Ah bon, ça existe encore ? Qui l'eût cru !

Le reste de l'année, le message officiel est tout autre : dans nos pays occidentaux, l'égalité entre hommes et femmes est une valeur-phare, tellement essentielle qu'il nous faut bouter illico hors de nos frontières ces barbares qui ne la respectent pas en voilant leurs femmes sans même les étourdir avant (à moins que ce ne soient les moutons). Et tant que nous y sommes, boutons aussi leurs femmes : ici t'es égale ou t'es dehors, c'est bien compris... ?

Donc, le 8 mars, voilà le scoop : même chez nous, les femmes ne sont pas tout à fait les égales des hommes. Faudrait faire quelque chose, non ? En tout cas, mettons la question à l'ordre du jour, au moins jusqu'au 8 mars à minuit.

Quoique, bien sûr, nous aurons aussi ces grincheux qui, sans oser dénoncer le principe bien abstrait d'égalité, vont nous seriner leurs habituelles rengaines : est-ce que ce n'est pas un peu dépassé, cette journée des femmes ? Quoi, des quotas pour les femmes, mais quelle horreur, est-ce qu'il ne vaut pas mieux choisir simplement le plus compétent pour chaque poste, d'ailleurs regardez Mme Trucmuche, vous trouvez qu'elle fait du bon boulot... ? (il n'y aurait donc pas d'hommes incompétents aux postes de responsabilité... ?) Et puis quoi encore, vous allez nous priver de ces traditions charmantes, comme siffler les filles dans la rue, leur donner du « mademoiselle », payer la note au restaurant, leur tenir la porte - autant d'hommages qu'on n'aurait plus le droit de leur rendre ? En d'autres mots : vous voulez que les femmes soient comme des mecs, c'est ça ?

... Ben oui, c'est un peu ça :

on veut qu'elles soient décemment payées ;

qu'elles aient le droit de sortir à toute heure et en tout lieu sans qu'on les considère comme des corps à disposition ni qu'on leur reproche leur imprudence, voire leur « provocation » ;

on veut qu'elles puissent lire le journal en rentrant du boulot en ligne droite, sans avoir dû aller chercher les gosses, faire les courses et s'occuper du repas, au moins un jour sur deux ;

on veut qu'elles puissent avoir des amants et des amantes sans se faire traiter de putes, et d'ailleurs que les putes ne soient pas non plus traitées de putes avec ce pincement des lèvres des gens convenables, et que ceux qui ont besoin de déverser leur mépris aillent plutôt lorgner du côté des clients (1) ;

et puis tant qu'on y est on veut aussi dynamiter ces catégories d' « homme » et de « femme » qui nous coulent dans des rôles préétablis et hiérarchisés, et pusiqu'on en est à dynamiter, garder des munitions pour les bases de ce monde inégalitaire - inégalités de genre, de classe, d'origine...

Alors mesdames, mes amies, mes camarades de lutte – pas mes « soeurs », terme qui m'évoque soit la religion, soit la famille, deux institutions dans lesquelles je ne me reconnais pas - souvenons-nous que nous sommes belles et rebelles, fortes et résistantes, parfois victimes mais bien décidées à ne pas le rester.

En ce jour de lutte des femmes - et non de « fête »  ni de « LA femme » - permettez-moi de nous offrir cet extrait d'une chanson que je considère comme le plus bel hommage aux femmes, cette « Sorcière comme les autres » de Anne Sylvestre :

« J'étais celle qui attend / mais je peux marcher devant / J'étais la bûche et le feu / L'incendie aussi je peux / J'étais la déesse mère / mais je n'étais que poussière / J'étais le sol sous vos pas / et je ne le savais pas / Mais un jour la terre s'ouvre / Et le volcan n'en peut plus / Le sol se rompant découvre / des richesses inconnues / la mer à son tour divague / de violence inenemployée / Me voilà comme une vague... / Vous ne serez pas noyés »


(1) Je précise cependant que je ne me retrouve pas dans la position « abolitionniste » et que je ne soutiens pas l'idée d'une pénalisation des clients – mais ceci est un autre débat.


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